Il y a un risque de type gilets jaunes autour de l’eau
Les images satellites révèlent une réalité inquiétante : la France, comparée à août 2024 et 2025, a perdu ses nuances de vert au profit de larges zones jaunies par des épisodes caniculaires successifs. Actuellement, près de 70 % du territoire national est soumis à des restrictions d’usage de l’eau, et plus de 40 000 personnes subissent déjà des coupures d’eau au robinet, selon Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, le 12 août dernier.
Cette situation marque un changement de paradigme. Simon Porcher, professeur en sciences de gestion à l’université Paris-Dauphine-PSL et auteur de l’essai Nous sommes faits d’eau. L’avenir d’une ressource vitale, souligne que ce qui était exceptionnel dans la seconde moitié du XXe siècle devient presque annuel. Il appelle à une réforme de la politique de l’eau, actuellement pensée pour gérer l’abondance plutôt que la rareté, ce qui pourrait entraîner des conflits d’usage à l’échelle nationale.
Porcher note que les arrêtés sécheresse, bien qu’indispensables pour préserver l’accès à l’eau potable et les écosystèmes, interviennent souvent trop tard, lorsque la situation est déjà critique. Il met en lumière le fait que la gestion de l’eau par des mes réactives n’est pas viable à long terme. Les coupures d’eau au robinet, bien que touchant des dizaines de milliers de personnes chaque été, restent relativement rares par rapport aux restrictions imposées à l’irrigation et à l’industrie.
Concernant l’impact économique, les coûts de la sécheresse de 2022 avaient été évalués à environ 5,6 milliards d’euros, avec une perte de 500 millions d’euros spécifiquement pour l’agriculture. Pour cet été, la ministre Barbut évoque des pertes estimées entre 10 et 15 milliards d’euros.
La France semble entrer dans un nouveau régime hydrique, où des périodes de sécheresse prolongées sont désormais la norme. L’eau disponible pour les usages a diminué de 14 % depuis les années 1990, et une baisse supplémentaire de 20 % est prévue d’ici 2050.
Ces changements engendrent des conflits d’usage, exacerbés par des tensions entre agriculteurs, élus locaux et citoyens. Porcher exprime une inquiétude croissante, affirmant qu’il existe un risque de type « gilets jaunes » autour de la question de l’eau, notamment en raison des préoccupations concernant la pollution par les pesticides et les nitrates.
La crise actuelle pourrait également remettre en question le mythe d’une eau abondante en France, une vision qui perdure malgré les restrictions et les coupures temporaires. La nécessité d’une gestion plus durable et d’une hiérarchisation des usages de l’eau devient de plus en plus pressante, alors que les nouveaux besoins, tels que le développement des data centers et l’électrification, émergent dans un contexte de ressource limitée.
La situation actuelle souligne l’urgence d’une réforme de la politique de l’eau en France, pour passer d’une gestion de l’abondance à celle de la rareté.
Source : L’Express



