Où ira la mémoire du vivant ? Les musées ruraux en sursis
Cet été, plusieurs musées en France resteront fermés au public, illustrant une tendance préoccupante. Dans l’Aveyron, le département a décidé de ne plus gérer deux musées : le musée départemental des arts et métiers traditionnels de Salles-la-Source et le musée des mœurs et coutumes d’Espalion. Cette décision est justifiée par une fréquentation jugée « contenue et peu évolutive » et par des muséographies « désuètes ».
Dans le département du Lot, l’écomusée de Cuzals, ouvert en 1985 et repris par le département, est « temporairement fermé » depuis 2023 pour des travaux, sans perspective de réouverture. En Oise, le musée de la vie agricole et rurale d’Hétomesnil a fermé à l’automne 2025 en raison de la vente de son bâtiment par la communauté de communes. En Alsace, l’écomusée d’Ungersheim recherche 1,5 million d’euros pour se stabiliser.
Marie Pottecher, directrice de la Fédération des écomusées et musées de société (FEMS), souligne que « c’est un phénomène national : le contexte est compliqué ». La FEMS regroupe près de 200 établissements, allant de petites structures associatives à des musées de grande envergure comme le Mucem à Marseille. Elle note que les difficultés touchent principalement les structures les plus fragiles, notamment les écomusées associatifs.
Les fermetures récentes montrent également que des musées gérés par des collectivités territoriales ferment leurs portes. Bien que la FEMS ne dispose pas de chiffres précis, elle recense au moins trois fermetures en 2024 et trois en 2025, indiquant une accélération du phénomène.
L’humain et le territoire
Michel Colardelle, conservateur général du patrimoine, affirme que « les élus ont toujours préféré les musées des beaux-arts et d’histoire naturelle ». Il souligne que les musées des arts et traditions populaires, créés pour préserver la mémoire de la société rurale, ont souvent rencontré des écueils. Les collections peuvent être répétitives et la mémoire orale n’a pas toujours été suffisamment collectée pour accompagner les objets.
Le concept d’écomusée, apparu dans les années 1970, a transformé la muséologie en rendant ces lieux participatifs. Selon Marie Pottecher, ces musées se définissent par leur volonté de « placer l’humain et le territoire au cœur de leur propos ». Ils jouent un rôle crucial dans la conservation des pratiques artisanales et agricoles.
Culture en zone rurale
Les écomusées et musées des traditions populaires sont souvent les seules structures culturelles dans les zones rurales. Dans l’Aveyron, la fermeture du musée des arts et métiers traditionnels de Salles-la-Source a suscité une mobilisation citoyenne. L’association Gardarem le musée conteste cette fermeture, soulignant que le musée attirait environ 7 000 visiteurs par an, dont de nombreux scolaires.
Actuellement, les collections du musée restent dans l’ancienne filature, mais le département de l’Aveyron ne dispose pas d’espace de stockage suffisant pour les entreposer. La fermeture de ces musées entraîne une perte d’accès au patrimoine et à la culture dans ces territoires.
Source
Fédération des écomusées et musées de société (FEMS)



