Epstein, mamelons et camouflage | L’affaire qui a plongé la Maison-Blanche dans la crise

Epstein, mamelons et camouflage : L’affaire qui a plongé la Maison-Blanche dans la crise

(New York) On a parlé de mamelons dans la Situation Room de la Maison-Blanche.

La Situation Room est un complexe situé sous l’aile Ouest de la Maison-Blanche. C’est là que le président et son équipe de sécurité nationale traitent les dossiers les plus névralgiques et gèrent les opérations d’urgence. De cet endroit ultra-sécurisé, Barack Obama, Joe Biden et Hillary Clinton, entre autres, ont suivi en direct l’opération qui a mené à l’exécution d’Oussama ben Laden.

Or, au cours de l’été 2025, cette salle de crise a été le théâtre de plusieurs réunions concernant les dossiers Epstein, selon un extrait de Regime Change, livre à paraître des journalistes du New York Times Maggie Haberman et Jonathan Swan. L’extrait, publié mercredi par le New York Times, décrit notamment la « panique » qui s’est emparée des plus hauts collaborateurs du président à un moment charnière de l’affaire Epstein.

« C’est un énorme problème », a déclaré J.D. Vance, le plus paniqué du groupe, lors d’une réunion tenue le 17 juillet 2025 dans la Situation Room. Selon Haberman et Swan, le vice-président s’adressait alors à plusieurs responsables, dont la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, Susie Wiles, le conseiller juridique de la Maison-Blanche David Warrington et le procureur général adjoint des États-Unis, Todd Blanche.

Donald Trump n’a participé à aucune de ces réunions, pas même celle du 13 août 2025, où il a été question d’un courriel mentionnant la relation sexuelle qu’il aurait eue avec une victime de Jeffrey Epstein et sa prédilection alléguée pour les mamelons. Comment le public allait-il réagir à ces informations non corroborées ? Un responsable a plus tard évoqué l’expérience « surréaliste » de parler de mamelons dans la Situation Room, selon Regime Change.

Todd Blanche sur la sellette

Ce livre n’est pas l’unique raison pour laquelle les dossiers portant le nom du prédateur pédophile referont surface dans l’actualité cet été. Le sujet sera également abordé lors de la procédure de confirmation de Todd Blanche, nommé officiellement mardi par Donald Trump au poste de procureur général des États-Unis. L’ancien avocat personnel du président succédera vraisemblablement à Pam Bondi, qui l’a dépeint comme le seul responsable de la gestion des dossiers Epstein.

Dans le cadre de ses auditions de confirmation, Todd Blanche devra donc répondre aux questions des membres de la commission judiciaire du Sénat sur la façon dont il a géré ces dossiers. Il sera sur la sellette. Car, selon les démocrates et certains républicains, il a non seulement bafoué l’Epstein Files Transparency Act, loi promulguée à contrecœur par Donald Trump le 19 novembre dernier, mais également continué à camoufler des millions de documents liés à celui qui a été retrouvé sans vie dans une cellule en août 2019.

Depuis le 22 décembre 2025, le département de la Justice a mis en ligne plus de 3,5 millions de pages tirées des dossiers Epstein. Or, quantité de ces pages sont lourdement caviardées, alors même que la loi interdit de tels caviardages. Qui plus est, ce total de 3,5 millions de pages ne représente qu’une fraction des 6 millions de pages en la possession du Département. En avril dernier, Todd Blanche a confirmé que des millions de pages ne seraient pas publiées. Certaines seraient des doublons, d’autres n’auraient aucun lien avec Epstein ou sa complice Ghislaine Maxwell, d’autres encore trahiraient le secret professionnel. « Nous ne retenons aucune page. Rien qui devrait être divulgué », a déclaré Todd Blanche sur Fox News.

Une grâce pour Maxwell ?

La probité de Todd Blanche a été remise en question pour plusieurs raisons. Dans Regime Change, il est décrit comme un avocat dont l’unique objectif est de protéger son client, Donald Trump, après le début de ce que les auteurs appellent la « crise Epstein ». Cette crise a pour point de départ une note diffusée par le département de la Justice et le FBI le 6 juillet dernier. Dans ce document, le Département et le FBI concluaient qu’il n’existait ni « liste de clients » du réseau d’exploitation sexuelle d’Epstein ni « preuves crédibles qu’il aurait fait chanter des personnes puissantes ».

Cette note allait créer au sein du mouvement MAGA une réaction d’autant plus explosive que Pam Bondi avait laissé entendre, quelques mois plus tôt, que cette « liste de clients » se trouvait sur son bureau.

L’idée d’offrir la grâce présidentielle à Ghislaine Maxwell en échange d’un témoignage où elle confirmerait que Donald Trump n’avait rien à se reprocher a été présentée et rejetée lors d’une réunion dans la Situation Room. « Gracier Maxwell, une trafiquante de jeunes filles, créerait un énorme problème de relations publiques », a déclaré Steven Cheung, directeur des communications de la Maison-Blanche, lors de cette réunion, selon Regime Change.

Todd Blanche a néanmoins recueilli le témoignage de Ghislaine Maxwell, qui a été transférée dans une prison à sécurité minimale après avoir juré que Donald Trump n’avait rien fait de mal. La nomination de Blanche au poste de procureur général est sans doute sa récompense pour services rendus.

Source : New York Times

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