L’État applique une politique criminelle : la police expulse les familles installées devant le Samu social

Un important déploiement policier a été mis en place pour expulser environ 400 demandeurs d’hébergement qui occupaient le site du Samu social de Paris depuis plus d’un mois. Alors que l’État propose seulement une centaine de places, la majorité des familles concernées se retrouvent à nouveau à la rue.

« Papa, regarde, il y a la police », s’exclame un jeune garçon au milieu d’une foule entourée par une centaine de CRS. Un fourgon de police bloque l’accès à la rue Jean-Baptiste Berlier, dans le 13e arrondissement, tandis qu’une vingtaine d’autres véhicules sont stationnés à proximité. Selon Pauline Agazzi, référente d’Utopia 56 Paris, de nombreuses familles, visiblement effrayées, avaient déjà commencé à partir dès 6h15 ce matin.

La situation se déroule devant le siège du Samu social, où 450 familles, dont 150 enfants, ont trouvé refuge depuis plusieurs semaines. La police a agi suite à un avis d’expulsion émis par la Préfecture de police. Le rassemblement est principalement constitué de journalistes, de politiques et de militants, l’accès au campement étant restreint par les forces de l’ordre.

Elena Sauteray, éducatrice au Samu social Paris, témoigne que la police est entrée sur les lieux en bousculant des grévistes, malgré un engagement préalable de la direction à ne pas permettre cette intervention. Une réunion entre la CGT et le Conseil d’administration du Samu social avait eu lieu la veille, dans le but de trouver une solution à la grève qui dure depuis 51 jours. Les promesses de la direction de trouver des solutions d’hébergement restent cependant sans garanties concrètes.

Le mouvement avait été déclenché en juin, après que le préfet de région ait décidé de ne pas prolonger les 1200 places d’hébergement supplémentaires ouvertes durant l’hiver, alors même que le service est en surcapacité. Les grévistes, soutenus par des familles expulsées et l’association Utopia 56, avaient alors demandé un toit devant le Samu social.

L’agent de la préfecture a mis fin à toute discussion, indiquant que cela ne se passerait pas sur place. Les femmes et les enfants ont été vus quittant le campement, sans savoir où aller. Selon Pauline Agazzi, certaines familles pourraient se diriger vers des accueils de jour. Cette situation renvoie à un retour à l’errance, qui n’offre pas les mêmes garanties de sécurité, d’alimentation et d’hygiène que celles dont elles bénéficiaient sur le campement.

Jordan Bernard, représentant de la CGT au Samu social, déplore cette situation, affirmant que « l’État applique une politique criminelle ». Après plus d’une heure d’attente, les bénévoles d’Utopia 56 ont finalement été autorisés à entrer pour distribuer des couvertures, sous l’œil vigilant des CRS. Un communiqué de la Préfecture de police a précisé que tout effet laissé sur place serait considéré comme abandonné et détruit.

À l’intérieur, les agents de la ville et de la préfecture proposent des solutions d’hébergement aux familles. Cependant, une femme interroge : « Pourquoi devrais-je quitter Paris ? », illustrant le scepticisme face aux propositions. Sylla*, un homme présent avec sa femme enceinte de cinq mois, raconte qu’il a passé des journées à appeler sans réponse pour trouver un logement, et se voit finalement offrir un hébergement temporaire de 35 jours.

D’après les statistiques fournies par la Préfecture de police de Paris, 52 personnes ont été orientées vers un hébergement via le Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (SIAO), et 62 adultes et enfants en situation de vulnérabilité ont été mis à l’abri ce matin, dont 55 en Île-de-France et 7 dans des « sas régionaux ». Cependant, ces derniers avaient déjà été refusés deux semaines auparavant, et les options proposées sont souvent limitées à des hébergements temporaires de trois semaines maximum, avec une orientation qui peut se traduire par une simple nuit d’hôtel.

Pour conclure, alors que la situation des familles expulsées reste précaire, Utopia 56 a signalé que de nombreuses personnes hébergées dans le cadre du plan Grand froid reçoivent désormais des notifications d’expulsion.

*Le prénom a été modifié.

Source : France 3 Régions.

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