Rentrée 2026 : Falstaff, au théâtre de la bande dessinée

Rentrée 2026 : Falstaff, au théâtre de la bande dessinée

Il faut du culot pour s’attaquer à un tel monument, l’un des textes les plus exigeants du répertoire dramatique, immortalisé à l’écran par Orson Welles. Cette bande dessinée ambitieuse condense, autour de son héros tonitruant, pas moins de trois pièces de Shakespeare (Henri IV, première et deuxième parties, et Henri V). Au-delà de la fresque historique, elle constitue une réflexion sur le pouvoir royal, son exercice et sa représentation.

Falstaff transcende cette dimension politique. Chevalier vieillissant, obèse, ivrogne, menteur, voleur et blasphémateur, il est aussi drôle, intelligent et profondément humain. Sa personnalité déborde largement le cadre de l’intrigue. Mentor improbable, il compense auprès du jeune prince Hal les carences d’un père distant. Ensemble, ils passent leur temps à boire, forniquer, mentir et escroquer, esquivant toute responsabilité avec une faconde irrésistible. Ce qu’il enseigne au futur Henri V est à mille lieues des préceptes de Machiavel, mais ne s’avère pas moins précieux. Hal y apprend la ruse, l’intelligence sociale et l’art de naviguer entre les mondes de la cour et de la rue, face à une aristocratie engoncée dans ses privilèges.

Falstaff est le bouffon qui singe la monarchie autant qu’il la révèle. Protégé par le prince, il devient un homme de trop lorsque celui-ci revêt l’hermine royale. Pour régner, Henri V devra renier celui qui l’a formé.

Sans Falstaff, les intrigues de cour et les grandes batailles risqueraient d’accabler le lecteur. La bande dessinée possède ici la même vertu que le théâtre : celle de l’incarnation. Le dessin clair et expressif de Goho, passé par les studios Disney, restitue avec un sens remarquable du jeu les attitudes, les expressions et la présence des personnages.

La mise en scène nerveuse, les gros plans lors des affrontements, les accents caricaturaux et les couleurs d’Isabelle Merlet contribuent à rendre cette adaptation aussi vivante qu’accessible. On referme l’ouvrage avec le sentiment d’avoir approché un chef-d’œuvre. Outil de transmission plus que simple adaptation, la bande dessinée n’appauvrit jamais Shakespeare : elle lui offre une nouvelle incarnation, un avatar inattendu, propre à cet art singulier que Rodolphe Töpffer appelait déjà les « histoires en estampes ».

Source : ActuaBD

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