« Les classes défavorisées seront les principales victimes de la loi sur l’aide à mourir »

Les classes défavorisées seront les principales victimes de la loi sur l’aide à mourir

Le Conseil constitutionnel doit rendre d’ici dimanche 16 août sa décision concernant la loi sur l’aide à mourir, adoptée définitivement le 15 juillet par l’Assemblée nationale. Ce texte suscite de vives inquiétudes quant à ses implications pour les classes défavorisées.

Dans les milieux privilégiés, comme ceux de la représentation nationale, où trois quarts des députés appartiennent aux catégories supérieures, la mort, assistée ou non, est souvent perçue comme une abstraction. Les députés ne connaissent pas, par expérience, la réalité de la vie et de la mort de 80 % des habitants de ce pays. Cette situation soulève des questions éthiques sur l’égalité d’accès à des soins dignes en fin de vie.

L’inégalité devant la mort demeure l’une des plus grandes injustices sociales, révélant un État qui semble davantage préoccupé par les intérêts des grands entrepreneurs que par ceux des travailleurs. Depuis près de quarante ans, les choix politiques basés sur des mes néolibérales ont affaibli les services publics dans des domaines cruciaux comme l’éducation et la santé.

L’adoption de la loi sur l’aide à mourir a été facilitée par une autre loi sur le développement des soins palliatifs, votée à la quasi-unanimité le 26 mai dernier. Pourtant, il existe un hiatus entre les intentions affichées par les gouvernants et leurs actions concrètes. Les soins palliatifs, bien qu’essentiels, sont insuffisamment développés en France, avec des inégalités territoriales marquées. Par exemple, le Pays Haut de Meurthe-et-Moselle ne dispose pas de structure de soins palliatifs, ce qui est le cas pour une vingtaine de départements français.

À Longwy, une ville de 46 421 habitants, la situation est alarmante. Cette commune présente la plus forte proportion de travailleurs pauvres de toute la Lorraine, avec un taux de chômage de 16 % et un taux de pauvreté de 19,6 %. L’association locale « La barque silencieuse » a proposé depuis plus de dix ans la création d’une maison de soins palliatifs, mais le financement reste un obstacle majeur. La ministre de la santé a suggéré de se tourner vers le privé pour ces financements.

En période de restrictions budgétaires, les crédits alloués au développement des soins palliatifs risquent d’être limités, rendant ces soins plus coûteux que l’aide à mourir. Ainsi, il se pourrait que les patients en fin de vie, en particulier ceux issus de classes défavorisées, se voient contraints de choisir entre une aide à mourir et une aide insuffisante pour vivre dignement.

Cette loi pourrait exacerber les inégalités sociales, incitant les personnes à faibles revenus, qui se sentent comme une « charge » pour leurs familles, à opter pour l’aide à mourir. Des exemples similaires ont déjà été observés au Canada, où des demandeurs d’aide médicale à mourir évoquent l’isolement et la solitude comme sources de souffrance.

Avec l’adoption de cette loi, les patients en fin de vie dans les départements dépourvus de soins palliatifs adéquats pourraient se retrouver face à un choix tragique, illustrant ainsi la nécessité d’une réflexion approfondie sur l’égalité d’accès aux soins en fin de vie.

Source : La Croix

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