Port Grimaud souhaite se détacher de Grimaud pour devenir une commune à part entière
« Dans un couple, il vaut mieux un divorce à l’amiable que des disputes à n’en plus durer », déclare le conseiller municipal d’opposition Marc Dorgnon. Après 55 ans d’une union apparemment paisible, Port Grimaud et Grimaud affrontent depuis 2021 une crise qui remet en question leur relation.
En 2022, le maire Alain Benedetto a repris la gestion en régie et a mis fin par anticipation aux contrats d’amodiation des propriétaires de la cité lacustre. Deux nouvelles options ont été proposées : un contrat sur 35 ans ou un autre renouvelable chaque année, excluant dans les deux cas l’amarrage du titre de propriété. Ce changement remet en cause le principe architectural conçu par François Spoerry, qui envisageait le bateau comme partie intégrante du foyer.
Pour la mairie, cette modification est nécessaire afin de se conformer à une nouvelle considération administrative de Port Grimaud, qui remonte à 1984, date à laquelle le plan d’eau a été intégré dans le giron de l’État. Cependant, cette décision a profondément choqué les propriétaires. « Les Port Grimaudois ont été profondément choqués. Il n’y a pas eu de communication en amont, c’est tombé brutalement », affirme Denise Spoerry.
Pour mettre fin à cette crise, la solution envisagée par Dorgnon et Spoerry est de créer une commune distincte de Port Grimaud.
1 300 procédures judiciaires en cours
« Je n’ai rien de personnel contre le maire, mais j’ai proposé des négociations en octobre 2021 car cette décision allait mener à des contentieux inévitables. Il n’en a pas voulu », rappelle Dorgnon. Le tribunal administratif de Toulon a suggéré une médiation début 2022, acceptée par les trois associations syndicales, mais déclinée par la municipalité. « La situation ne fait qu’empirer. Il faut que cela cesse », insiste-t-il.
Sophie Louvet / Nice-matin
Actuellement, 1 300 procédures judiciaires sont en cours entre les tribunaux administratif et judiciaire. Dorgnon estime que le coût pour la mairie pourrait atteindre 15 millions d’euros, bien au-delà des 6 millions d’euros provisionnés. « Ce conflit va coûter très cher autant pour les habitants du village que pour Port Grimaud », prévient-il.
Cette idée d’indépendance a mûri depuis deux ans. Avant de franchir le pas, Dorgnon avait présenté une liste lors des élections municipales, « sans espoir de l’emporter mais au moins pour représenter Port Grimaud et faciliter les échanges ». Face à l’absence de dialogue, son groupe a décidé de déposer une pétition pour la création d’une commune en préfecture le 31 juillet.
Plusieurs étapes à valider
Cette démarche lance officiellement la procédure. Cette première pétition devait recueillir au moins un tiers des signatures des inscrits sur les listes électorales dans la zone concernée, condition remplie. Une seconde pétition devra être déposée un an plus tard. Si les deux sont positives, le préfet sera dans l’obligation d’instruire le dossier et d’ouvrir une enquête publique. La décision finale reviendra à l’État.
En attendant, les porteurs du projet doivent démontrer que les deux communes seraient financièrement viables une fois séparées. « En prenant en compte le potentiel fiscal de chacune, il n’y a pas de problème », as Dorgnon. Ce désir d’affranchissement marque-t-il un point de non-retour ? « La relation est quasiment détruite, la confiance n’est plus là. Même si la justice nous donne raison, il faut aller au bout pour éviter que cela ne se reproduise », conclut-il.
L’esquisse d’un nouveau village
Si Port Grimaud obtient son indépendance, la première me serait de stopper le projet de travaux qui cristallise les tensions. Les limites de cette nouvelle commune pourraient être la Giscle, la route du littoral et le ruisseau de Saint-Pons, avec des interrogations concernant le camping des Prairies de la mer et la zone des Jardins de la mer.
La mairie pourrait s’installer dans le bâtiment du syndicat d’initiatives, hors des copropriétés. « On aurait besoin d’un cimetière, mais il nous reste du foncier disponible. Pour les écoles, nous devrons passer des conventions », projette Dorgnon. La création de logements sociaux est également envisagée, anticipant une future métropole. « Port Grimaud fonctionne déjà comme un village », souligne-t-il.
La cité lacustre, majoritairement composée de résidences secondaires (2 200 sur 2 500), présente peu d’espace public. « Ce n’est pas interdit ni inimaginable. Il y a bien des stations de ski qui sont séparées de leur village car leurs intérêts divergeaient. C’est la même chose chez nous. Nous devons nous séparer pour continuer nos chemins côte à côte. »
Tendance au changement
Près d’une centaine de territoires se sont séparés de leur commune depuis 1993. En parallèle, 2 670 anciennes communes ont fusionné depuis la loi du 16 mars 2015, bien que la région soit moins concernée que le reste de la France.
Le maire de Grimaud n’a pas souhaité commenter la démarche. La préfecture n’a pas répondu avant la publication de cet article.
Source : Nice-matin



