« On ne peut rien faire face à 40 °C » : l’agro-industrie paie le prix fort du dérèglement climatique

On ne peut rien faire face à 40 °C : l’agro-industrie paie le prix fort du dérèglement climatique

Douarnenez (Finistère), correspondance — La canicule de fin juin 2026 a eu des conséquences dévastatrices pour l’agriculture bretonne. L’éleveur Manu, dont le hangar est désormais vide, a dû envoyer à l’abattoir 2 000 dindes sur un cheptel de 9 000, un mois et demi plus tôt que prévu. La chaleur extrême, dépassant les 40 °C, a entraîné une perte de poids et une faiblesse des animaux, rendant leur maintien impossible.

La Bretagne, première région française en production de viande, se retrouve en première ligne face aux effets du dérèglement climatique. En effet, cette région produit de la nourriture pour 20 millions de personnes, alors qu’elle ne compte que 3,4 millions d’habitants. L’agriculture y représente 39 % des émissions de gaz à effet de serre. Au total, la canicule a causé la mort et l’enfouissement de plus de 5 000 tonnes de volailles et de porcs.

Les fortes chaleurs sont également accompagnées d’une raréfaction de l’eau. Bien que la Bretagne bénéficie d’une pluviométrie supérieure à la moyenne nationale, son sol granitique ne retient pas efficacement l’eau, entraînant des sécheresses. Les alertes sécheresse se multiplient, et plusieurs usines, comme celle de chips Altho Brets, ont été contraintes de réduire leur activité pour préserver les ressources en eau.

En termes de production laitière, une baisse de 10 à 15 % a été constatée, selon la FNSEA Bretagne. Les pertes de rendement en maïs fourrager sont également préoccupantes, laissant présager des tensions sur la production de fourrage. La préfecture de Bretagne a ainsi appelé à réduire la consommation de maïs pour la méthanisation, afin de soutenir les élevages.

Face à cette situation, le développement de stockages d’eau est devenu une nécessité. La direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) a lancé un appel à projets pour encourager cette pratique. Cependant, des experts soulignent que la qualité de l’eau est tout aussi cruciale, avec des centaines de captages fermés ces dernières années à cause de la pollution.

Manu, pour limiter les pertes, a fait installer des brumisateurs dans son hangar, mais il reste sceptique quant à leur efficacité face à des températures aussi élevées. « On ne peut rien faire face à 40 °C, » déclare-t-il, illustrant ainsi l’angoisse des agriculteurs face à un climat de plus en plus imprévisible.

La situation actuelle de l’agro-industrie en Bretagne soulève des questions sur la durabilité de ses pratiques face aux défis climatiques. Les conséquences du dérèglement climatique sont déjà visibles, et les acteurs du secteur doivent s’adapter rapidement pour préserver leur activité.

Source : Reporterre

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