Fake news et IA : quand l’entreprise devient la cible
En avril 2026, la Banque de France a dû alerter sur des deepfakes usurpant l’identité de son gouverneur. La désinformation par IA ne vise plus seulement l’opinion publique, mais aussi les organisations.
Dans le secteur de la veille stratégique, la désinformation a longtemps été perçue comme un problème d’opinion publique. Cependant, il est crucial de se demander ce qui se passe lorsque c’est l’entreprise elle-même qui est visée, tant dans sa trésorerie que dans sa réputation. Ce phénomène concerne aussi bien les grandes entreprises que les PME.
Le faux dirigeant, nouvelle arme de la fraude
Un scénario digne d’un film d’espionnage se dessine : un employé reçoit un appel ou une visioconférence où la voix et le visage de son dirigeant semblent d’une authenticité troublante, demandant un virement urgent. C’est ce qui s’est produit au cabinet Arup, où un salarié de Hong Kong a transféré 25,6 millions de dollars après avoir participé à une visioconférence avec un directeur financier et plusieurs collègues, tous générés par IA.
D’après le baromètre fraude 2026 réalisé par Allianz Trade avec Odoxa, 60 % des PME et 85 % des ETI et grandes entreprises françaises ont déclaré avoir subi au moins une tentative de fraude au cours des douze derniers mois. De plus, 76 % des dirigeants estiment que l’intelligence artificielle accroît ce risque, notamment par le biais du clonage vocal et des deepfakes vidéo. Quelques secondes de voix ou d’image suffisent désormais pour créer un contenu crédible.
Une réponse réglementaire qui s’accélère
À compter du 2 août 2026, l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle imposera de nouvelles obligations de transparence. Les deepfakes devront être clairement identifiés comme tels, quelle que soit la taille de l’entreprise qui les diffuse, sous peine de lourdes sanctions financières.
Bien que cette réglementation ne protège pas directement les entreprises victimes de fraudes par deepfake, elle témoigne d’un mouvement de fond vers une responsabilisation collective face à des contenus synthétiques de plus en plus difficiles à distinguer du réel.
La veille, un rempart pour l’entreprise
Face à ce type de fraude, la vigilance est la meilleure défense. Tout virement urgent doit faire l’objet d’une double validation par un second canal. Il est préférable de vérifier directement auprès de l’interlocuteur habituel plutôt que via le canal sollicité. Une surveillance régulière des mentions de la marque et des dirigeants permet de détecter rapidement une usurpation. La sensibilisation des équipes, notamment par des simulations, complète ce dispositif.
Entreprises et citoyens font désormais face à un défi commun : ne plus jamais prendre une voix, un visage ou une image pour argent comptant.
Source : Allianz Trade, Odoxa


