Est-ce qu’on va courir ?
Il m’a demandé : « Est-ce qu’on va courir ? » C’était la première fois. En près de 20 ans, il m’a vu chausser des espadrilles environ trois fois par semaine pour m’entraîner pendant une heure en moyenne. La semaine dernière, je lui ai proposé de m’accompagner, et contre toute attente, il a répondu oui. Cette semaine, c’est lui qui a pris les devants.
Son grand frère l’a sans doute inspiré. Il y a quelque temps, l’aîné s’est inscrit au demi-marathon de Montréal, prévu pour octobre. Je m’y suis inscrit à mon tour, aussi ravi que surpris par son invitation.
Ses amis ont été touchés par ce projet père-fils, jusqu’à ce que Fiston leur confie que c’est la hausse des frais d’inscription qui l’a incité à me faire cette proposition. Je ne me fais pas d’illusions : nous serons côte à côte au départ, mais cette svelte gazelle de 22 ans aura eu le temps de boire un ou deux cafés avant que je franchisse la ligne d’arrivée.
Dans la foulée, le cadet a eu l’idée de s’inscrire au 5 km. J’ai ajouté cette course à mon agenda, et à mon compte de carte de crédit. « Tu t’es étiré ? », m’a-t-il demandé cette semaine, avant notre entraînement. Je ne me suis jamais vraiment étiré avant une course, malgré mon historique de bless : fasciite plantaire, bursite, douleurs au genou, aux ischios, à l’aine. Le sport est souvent présenté comme un gage de santé.
Afin de s’éviter pareil sort, Fiston suit un plan d’entraînement progressif élaboré par un expert. Lorsque je lui ai parlé d’un entraînement sur me suggéré par l’intelligence artificielle (IA), ses yeux ont failli rouler hors de leurs orbites. Mes fils ne sont pas friands de l’IA, qu’ils évitent en raison de son utilisation de sources parfois peu fiables.
Je parlais cette semaine de cadence, de temps et de kilométrage avec un homme d’affaires qui s’est récemment mis sérieusement à la course. Il a découvert la satisfaction de remporter une compétition dans sa catégorie d’âge, ce qui m’a rappelé mes années à tenir une chronique sur la course à pied dans un magazine spécialisé.
Mon objectif n’est pas de ressembler à un athlète de haut niveau, mais simplement de courir 21 km sans éprouver de difficultés majeures. Je peine à suivre mon ancien partenaire de marathon, qui s’entraîne désormais pour des triathlons. Il me reste deux mois et demi pour retrouver un semblant de forme, car pour un demi-marathon agréable, mieux vaut arriver préparé. Ce qui me motive, c’est de passer du temps avec Fiston, un jeune homme de peu de mots, soudainement emballé par nos projets d’entraînement.
Source : La Presse


