Décryptage. Crise migratoire à Ceuta : pourquoi une telle ruée venue du Maroc ?

Crise migratoire à Ceuta : pourquoi une telle ruée venue du Maroc ?

Selon les estimations, entre 50 000 et 60 000 migrants, principalement des jeunes hommes, ont pénétré l’espace Schengen par l’enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc. Plus de 48 000 d’entre eux seraient déjà retournés au Maroc. Au moins 67 migrants ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’enclave, principalement par noyade. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a appelé à l’ouverture d’une enquête indépendante pour faire « toute la lumière » sur les causes de cet afflux inédit de migrants.

Le premier facteur souvent évoqué est la précarité économique du Maroc. Cependant, le pays affiche une croissance entre 4 et 5 %, avec un taux de chômage de 10,8 %, qui grimpe à 29,2 % pour les jeunes de 15 à 24 ans. À titre de comparaison, la France connaît une croissance de 0,2 %, un taux de chômage global de 8,1 % et 21,1 % pour les jeunes. Ces chiffres ne suffisent pas à expliquer un tel événement.

Une diaspora structurelle des populations du nord du Maroc

Noûr, un chercheur marocain ayant récemment renouvelé son titre de séjour pour un doctorat de sociologie en France, a étudié l’ethnographie du nord du Maroc. Il souligne que les populations de cette région sont souvent plus conservatrices et patriarcales que le reste du pays. « Les femmes ne travaillent pas, et toute la responsabilité de la famille repose sur le père, puis sur le fils aîné à sa mort. La charge est très lourde. Cela peut expliquer pourquoi tant de jeunes hommes espèrent travailler en Europe et envoyer de l’argent à leur famille », explique-t-il.

Cependant, l’espoir de ces jeunes hommes de subvenir aux besoins de leur famille par la diaspora peut s’avérer illusoire. « Les contrats informels en Espagne, notamment dans le secteur agricole, offrent peu de sécurité. On y travaille six mois pour un salaire modeste, et l’espoir d’obtenir un titre de séjour reste incertain. Au-delà de l’aspect économique, il y a une idéalisation de l’Europe. On vend du rêve, mais parfois, on revient déçu », ajoute Noûr.

Le statut particulier de Ceuta et Melilla au Maroc

Le Maroc revendique officiellement la souveraineté sur les enclaves de Ceuta et Melilla, considérées comme des vestiges du colonialisme. Ces territoires appartiennent à l’Espagne depuis cinq siècles, héritages de la Reconquista.

Entre les années 1960 et l’arrivée de Mohammed VI en 1999, les échanges entre ces enclaves et le Maroc étaient fréquents, certains habitants disposant même d’un laissez-passer. Mohammed VI a modernisé ces échanges, imposant des taxes sur les produits pour contrer la concurrence déloyale. Cette réforme a laissé de nombreuses populations du nord du Maroc sans ressources, tandis que Ceuta et Melilla demeurent des symboles de prospérité.

Crise migratoire à Ceuta : une menace hybride pour l’UE ?

À l’initiative de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, 22 dirigeants des pays membres de l’Union européenne ont demandé l’organisation d’une visioconférence d’urgence entre les ministres de l’Intérieur. L’objectif est d’évaluer les conséquences de l’entrée illégale de 60 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta et d’examiner le renforcement du soutien de Frontex, l’agence européenne chargée de la surveillance des frontières.

Dans une lettre ouverte, ces pays soulignent la nécessité de réévaluer l’efficacité de la coopération de l’Union européenne avec le Maroc, affirmant : « Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l’instrumentalisation des migrations ou d’autres menaces hybrides donnent le sentiment qu’il est possible d’entrer illégalement dans l’Union européenne. »

Source : DNA

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