Une bassine construite en catimini en Normandie
Pierrefitte-en-Cinglais (Calvados), reportage
Depuis le 14 août, la commune de Pierrefitte-en-Cinglais est en crise sécheresse, comme l’ensemble de l’ouest du Calvados. Dans ce contexte, Samuel Courvallet, agriculteur et maire de la commune, construit l’une des premières bassines agricoles de Normandie. Bien que le terme « mégabassine » soit exagéré, cette structure permettra de stocker 40 000 m³ d’eau, un fait inédit dans la région.
Aurélie, maraîchère d’une commune voisine, témoigne : « On m’a alertée de ce projet de retenue d’eau collinaire, puis nous avons découvert le détail au travers d’un article de presse. Dans le reportage, il est dit qu’il n’y a pas eu de problème de concertation et que ce serait pour arroser des pommiers. En fait, personne n’était au courant et les pommiers sont des arbres qui vivent bien en Normandie, sans besoin particulier d’eau. À l’heure actuelle, des maraîchers sont en train de perdre leur récolte ici ! »
Infractions dénoncées
Un article de Ici Normandie estime le coût de l’ouvrage à plusieurs centaines de milliers d’euros, financés à plus de la moitié par l’État via le fonds hydraulique agricole. Cependant, cinq associations environnementales ont adressé un courrier à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), à l’Office français de la biodiversité, au préfet et au procureur de la République de Caen, questionnant la légalité du chantier le 7 août. Ce document dénonce plusieurs « infractions majeures urgentes » au Code de l’environnement et demande une intervention rapide des services de l’État pour stopper les travaux.
Christian Michel, du Groupement régional des associations de protection de l’environnement, affirme : « Il a tout faux, sa demande est sous-dimensionnée. Dans la notice d’incidence du projet, le barrage est notamment annoncé à 10,8 m de haut, cela ne correspond pas au statut demandé de ses travaux. »
En tant que maire, Samuel Courvallet a signé le récépissé de déclaration préalable pour son projet, auquel la DDTM ne s’est pas opposée dans le délai réglementaire d’un mois. Cependant, les associations soutiennent que le projet nécessite une autorisation environnementale globale et un permis d’aménager d’urbanisme, que l’exploitant ne possède pas.
Réactions et implications
Interrogé par Reporterre, Samuel Courvallet a indiqué vouloir répondre à des questions « plus pertinentes et avec un intérêt écologique ». Les associations craignent que si le chantier se termine, cela puisse établir une jurisprudence pour d’autres agriculteurs souhaitant construire des bassines similaires.
Jean-Yves Heurtin, président de la chambre d’agriculture du Calvados, a reconnu que certains agriculteurs normands envisagent de stocker les excès de précipitations hivernaux, une démarche qu’il juge légitime.
Le président de la région Normandie, Hervé Morin, a également soutenu la création de retenues d’eau, en soulignant que 40 000 m³ semblent peu par rapport à d’autres projets plus importants, mais s’interrogeant sur l’impact d’une multiplication de telles structures dans la région.
Source : Reporterre



