Des « couloirs de la peur » pour les chamois, des voyages en avion : l’Ultra trail du Mont-Blanc face à ses nuisances

Chamonix (Haute-Savoie), reportage

À Chamonix, la dernière semaine d’août, une foule se divise en deux catégories. La première, équipée de baskets colorées et de sacs d’hydratation, vient participer à l’Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB), la compétition de trail la plus renommée en France. Du 24 au 30 août, près de 10 000 coureurs s’élanceront sur l’une des huit courses, allant de 15 à 174 kilomètres. Les accompagnants, bénévoles et spectateurs, environ 30 000 personnes, forment une foule trois fois plus nombreuse, créant une pression touristique et sportive sur le village alpin, qui est devenu en quelques années la capitale mondiale du trail.

L’UTMB, créé en 2003 par une famille locale, a vu le nombre de participants exploser depuis ses débuts, où seuls 722 coureurs avaient tenté de terminer les 153 kilomètres autour du massif du Mont-Blanc. Aujourd’hui, l’événement est géré par une entreprise commerciale, l’UTMB Group, dont 45 % du capital est détenu par la société américaine Advance, propriétaire de la marque Ironman.

La pratique du trail a connu une forte croissance : le nombre d’utilisateurs de Strava, une application de sport, a augmenté de 69 % entre 2024 et 2025. Plus de 7 millions de personnes s’adonnent à ce sport en France. En 2026, près de 29 000 personnes se sont préinscrites à l’UTMB, ce qui soulève des préoccupations quant à l’impact sur les sentiers de montagne déjà surfréquentés et sur la faune sauvage.

Des études scientifiques ont mis en évidence que les bouquetins s’éloignent des sentiers pendant les compétitions, créant des « couloirs de la peur ». Une étude de dix ans sur 139 bouquetins dans le massif du Bargy a montré qu’ils s’éloignaient des zones de compétition, ce qui soulève des inquiétudes quant aux perturbations causées par l’événement sur la faune.

En réponse à ces préoccupations, l’UTMB a introduit des mes, comme l’obligation pour les participants de porter des frontales avec une lumière rouge pour traverser certaines réserves naturelles, afin de minimiser l’impact sur les espèces nocturnes. Cependant, des critiques persistent quant à l’efficacité de ces mes.

Le bilan carbone de l’événement est également préoccupant. En 2024, l’UTMB a émis environ 18 600 tonnes de CO₂, soit 1,6 tonne par personne, en grande partie attribuées aux déplacements en avion. L’organisation a promis de réduire ses émissions de 20 % d’ici 2030 et a mis en place des initiatives pour compenser les émissions de carbone, notamment en investissant dans des navettes et en proposant des options de compensation financière.

Les participants semblent partagés sur les conséquences environnementales de leur présence. Certains, comme Aurélien Roussin, soulignent que l’impact de l’événement est minime comparé à d’autres facteurs environnementaux. D’autres, comme Lucie, reconnaissent les contradictions entre leur passion pour le trail et les préoccupations écologiques.

Les débats autour de l’UTMB continuent, avec des propositions pour espacer les éditions et réduire le nombre de participants. Alors que l’événement attire de plus en plus de coureurs internationaux, la question de la durabilité et de l’impact sur l’environnement reste centrale.

Source : Reporterre

Source