Douze jours de tempête au Chili : les premiers signes d’un « super Niño » dévastateur
Santiago (Chili), correspondance — La vallée de Limarí, déjà frappée par une sécheresse sévère depuis quinze ans, subit actuellement les conséquences d’une mégatempête qui dure depuis douze jours. Les dégâts sont considérables.
Anita Laferte, résidente d’El Trapiche dans la commune d’Ovalle, a été évacuée par hélicoptère le 17 juillet avec sa famille. « Notre terrain se situe entre un estuaire et un fleuve qui ont débordé et tout inondé », déclare-t-elle. Elle précise que l’alerte reçue sur son téléphone n’a pas suffi : « Les torrents d’eau ont envahi notre maison en 15 minutes. Nous n’avons rien pu faire. »
Les vallées semi-désertiques du nord du Chili, notamment la région de Coquimbo et la province de Huasco, sont les plus touchées. Dix des seize régions du pays sont affectées par ces tempêtes, un phénomène qualifié d’« inédit » par le président José Antonio Kast, qui a déclaré l’état de catastrophe pour les zones les plus sinistrées le 20 juillet.
Le maire de Coquimbo, Ali Manouchehri, critique la gestion gouvernementale : « L’état de catastrophe est décrété quand nous sommes déjà en train de compter les morts. » Selon le dernier bilan du Service national de prévention et d’intervention en cas de catastrophe, publié le 25 juillet, 13 personnes sont décédées, 15 sont portées disparues et environ 43 000 sont isolées. Plus de 16 000 habitants n’ont plus d’électricité et plus de 123 000 souffrent d’un manque d’eau potable.
Les autorités estiment que 1 587 logements ont été détruits, 5 780 ont subi des dommages importants et environ 27 000 sont endommagés. Pour aider les sinistrés, 190 tonnes de produits de première nécessité ont été envoyées, et le ministère de la Santé a déclenché une alerte sanitaire pour prévenir l’apparition de maladies.
Les prémices d’un « super Niño »
Alejandro Cortes, agriculteur de 62 ans vivant dans la vallée de Limarí, rappelle que la dernière tempête de cette ampleur date de 1997, lors d’un épisode intense d’« El Niño ». Ce phénomène climatique, qui peut durer de neuf à douze mois, se traduit par un réchauffement inhabituel à la surface de l’océan Pacifique, perturbant les conditions météorologiques globales.
Roberto Rondanelli, directeur du Centre de recherche sur le climat et la résilience, affirme que les tempêtes actuelles sont « sans aucun doute liées à El Niño », qualifiant la situation d’« événement extraordinaire de forte intensité », souvent désigné comme « super Niño ». Les trois précédents « super Niño » documentés depuis le milieu du XXe siècle ont eu lieu en 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016.
Rondanelli indique que « la question à laquelle nous pourrons répondre dans les prochains mois est si nous vivons le Niño le plus intense jamais enregistré ». Il met en garde sur le fait que cet intense Niño avance plus rapidement que les précédents, laissant présager d’autres tempêtes en août, septembre ou octobre.
Source : Service national de prévention et d’intervention en cas de catastrophe, Centre de recherche sur le climat et la résilience.
