11 700 morts en neuf ans : comment évalue-t-on la surmortalité liée aux canicules ?
Depuis la canicule de 2003, la France évalue chaque été la surmortalité attribuable à l’exposition à la chaleur. Après avoir enregistré 15 000 décès supplémentaires cet été-là, le ministère de la Santé a mandaté l’Inserm pour établir un rapport afin de mer l’ampleur de cette surmortalité et d’améliorer les systèmes de surveillance sanitaire.
Chaque été, du 1er juin au 15 septembre, un suivi approfondi est mis en place, incluant chaque épisode de canicule, qu’il se produise pendant ou en dehors de cette période. Cette surveillance est assurée par les épidémiologistes de Santé publique France, qui analysent en temps réel les données de mortalité et publient, à l’issue de chaque été, une estimation des décès attribuables à la chaleur. Mais comment cette surmortalité est-elle calculée ?
Le calcul effectué par Santé publique France ne repose pas sur les causes de décès inscrites sur les certificats. Bien que certains puissent mentionner des « coups de chaleur » ou la « déshydratation », la plupart des certificats indiquent d’autres problèmes de santé que la chaleur a aggravés, tels que « infarctus », « insuffisance cardiaque » ou « AVC », sans établir de lien direct avec l’exposition aux fortes températures.
Lors de la canicule de 2003, il a été observé qu’une part significative de l’excès de mortalité était enregistrée sous des causes cardiovasculaires, respiratoires, neurologiques ou mal définies. Bien que des mentions de « coup de chaleur » ou « hyperthermie » aient été notées, ces certificats demeurent insuffisants pour quantifier les décès causés par les fortes chaleurs.
Pour estimer la surmortalité due à la hausse des températures, Santé publique France utilise une approche statistique. Cela consiste à comparer le nombre total de décès observés pendant la période estivale ou lors d’un épisode de canicule au nombre de décès attendus en l’absence de variations anormales de température. Ce calcul est fondé sur la méthode EuroMoMo (European Mortality Monitoring), adoptée par 25 pays européens pour surveiller les épisodes de surmortalité.
Une fois le nombre de décès supplémentaires établi, il reste à évaluer ceux spécifiquement attribuables à la chaleur. Les épidémiologistes utilisent des modèles statistiques pour estimer cette part. Ils corrèlent le nombre de décès aux températures subies et à la variation habituelle de mortalité en fonction de la température.
Ainsi, durant l’été 2025, 5 700 décès supplémentaires ont été attribués à la chaleur. Cela ne signifie pas que 5 700 personnes sont mortes d’un « coup de chaud », mais que si les températures avaient été normales, environ 5 000 de ces décès n’auraient probablement pas eu lieu.
Santé publique France analyse également chaque période de canicule de manière spécifique. L’étude de la surmortalité liée aux canicules se fait en deux étapes. Depuis 2023, un premier bilan est publié 15 jours après la fin de l’épisode caniculaire. Ce délai est nécessaire pour recevoir au moins 90 % des déclarations de décès, permettant ainsi une première estimation de l’excès de mortalité.
Pour des données plus précises, un bilan complet et consolidé de la surmortalité estivale est publié à l’automne suivant. Selon les données de Santé publique France, sur les neuf derniers étés (2016-2025), 40 000 décès supplémentaires ont été recensés, dont 11 700 spécifiquement attribuables aux périodes de canicule. Chaque année, la chaleur représente de 1 à 4 % de la mortalité estivale et de 7 à 12 % de la mortalité pendant les canicules, des ordres de grandeur qui sont restés stables depuis 2017.
Source : La Croix
