Sécheresses et canicules : « Les arbres n’ont plus le temps de s’en remettre »

Sécheresses et canicules : « Les arbres n’ont plus le temps de s’en remettre »

Les arbres, essentiels à notre écosystème en tant que sources d’oxygène et capteurs de carbone, subissent de lourdes conséquences face aux sécheresses et canicules qui se multiplient. En août, les forêts, habituellement verdoyantes, affichent des teintes automnales, et les feuilles mortes jonchent le sol.

La conjugaison de canicules et de sécheresses, particulièrement marquée depuis la fin du printemps, entraîne une réaction physiologique des arbres, qui se mettent « en mode survie », selon Yann Vitasse, chercheur à l’Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). Lorsque l’eau est présente dans le sol, elle est absorbée par les racines et transportée à travers le xylème jusqu’aux feuilles, où elle s’évapore par les stomates, permettant ainsi au végétal de se refroidir. Cependant, cette dynamique se complique lorsque la sécheresse perdure, créant un stress hydrique qui empêche l’arbre de puiser suffisamment d’eau.

Les gros arbres, qui nécessitent plus d’eau, sont particulièrement vulnérables. Pour survivre, ils ferment leurs stomates afin de conserver l’eau, mais cette stratégie peut entraîner une tension excessive dans les vaisseaux de transport d’eau, pouvant causer des phénomènes de cavitation. Ces derniers bloquent l’acheminement de l’eau, pouvant aller jusqu’à l’effondrement du système hydraulique de l’arbre.

Des forêts qui s’affaiblissent

L’incapacité de l’eau à atteindre les cimes entraîne un flétrissement des feuilles, qui brunissent et tombent. Cette fermeture des stomates réduit l’absorption de CO₂ et ralentit la photosynthèse, privant l’arbre des glucides nécessaires à sa croissance et à ses défenses. En conséquence, les arbres deviennent plus sensibles aux maladies et aux ravageurs, entrant dans une spirale de dépérissement pouvant mener à leur mort prématurée.

Bien que beaucoup d’arbres puissent survivre à cet été, leur affaiblissement les rendra moins résilients face aux futures sécheresses. Avec l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de sécheresse, les arbres « n’ont plus le temps de s’en remettre », alerte Yann Vitasse.

La mortalité des arbres en France a été multipliée par 1,5 à 4 fois entre 2015 et 2023 pour les neuf espèces les plus communes, selon une étude publiée dans Nature Communications. Les principales causes de cette mortalité incluent des étés trop secs, des hivers trop chauds et des printemps trop humides. L’interaction de ces anomalies climatiques contribue à l’affaiblissement des forêts.

Un climat qui change trop rapidement

Les scolytes, insectes dont le cycle de reproduction s’accélère avec les températures croissantes, menacent des espèces comme l’épicéa et le hêtre. La migration naturelle des espèces s’avère trop lente pour suivre le rythme du réchauffement climatique. Yann Vitasse souligne la nécessité d’un changement de paradigme, appelant à la plantation d’essences plus résistantes, même si elles ne sont pas les plus rentables économiquement.

Il est essentiel d’adopter des pratiques favorisant la diversité des espèces et des âges dans les forêts, plutôt que de recourir à des monocultures. Bien que les forêts puissent s’adapter sur le long terme, l’impact sur les sociétés humaines, dépendantes de ces écosystèmes, demeure préoccupant.

Source : Reporterre

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