Toutes les plantes vont mourir : la sécheresse précoce inquiète les maraîchers
Mendionde (Pyrénées-Atlantiques), reportage
La situation de sécheresse précoce dans les Pyrénées-Atlantiques soulève des inquiétudes majeures parmi les agriculteurs. Habituellement, cette région bénéficie d’environ 1 400 millilitres (ml) de pluie par an, un chiffre qui dépasse largement la moyenne nationale de 800 ml. Cependant, cette année, les sols craquelés ont remplacé les prairies verdoyantes dès le mois de juin. Martin Lebourgeois, éleveur berger, affirme qu’il n’a « jamais vu ça » en dix ans d’estives. Les brebis, habituées à pâturer, sont contraintes de se contenter de foin séché sur pied.
Dans les vallées où se cultivent les raisins pour le vin AOP Irouléguy, la situation est tout aussi préoccupante. Le viticulteur Ximun Bergouignan souligne qu’ils doivent désormais arroser les vignes, une pratique inhabituelle pour un vignoble qui lutte habituellement contre le mildiou. Les parcelles en terrasse sur grès rouge ont déjà subi des pertes importantes, avec des feuilles massivement tombées.
Benoît Cavillon, maraîcher à Mendionde, a récemment inauguré un bassin de stockage des eaux de pluie de 2 500 m³. Malheureusement, le niveau de ce bassin est déjà trop bas pour continuer à l’utiliser, l’obligeant à se raccorder au réseau municipal pour irriguer ses cultures. « Si on n’arrose pas, toutes les plantes vont mourir. On a déjà de la perte », constate-t-il. Bien que cette année, la quantité totale de pluie ne soit pas inférieure à l’année précédente, la répartition des précipitations a été irrégulière, avec des épisodes de fortes pluies suivis de longues périodes de sécheresse.
Face à cette situation, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a organisé un comité sécheresse le 24 juin. Benjamin Hourticq, coordinateur de la Confédération paysanne du Béarn, a noté que les niveaux des cours d’eau sont déjà alarmants pour la saison. Des restrictions sur les prélèvements dans les milieux naturels ont été mises en place, bien que l’eau du robinet ne soit pas encore concernée.
La sécheresse a des conséquences directes sur les rendements agricoles. Martin Lebourgeois s’inquiète pour l’arrière-saison, car les rendements en foin sont déjà affectés. Pour nourrir ses animaux, il devra acheter du fourrage, situation qui pourrait devenir critique si la sécheresse persiste.
La situation n’est pas isolée. Actuellement, 95 départements français sont soumis à des restrictions d’eau, et les prévisions indiquent des températures élevées et peu de précipitations pour les semaines à venir. En juin 2026, la France a enregistré un déficit de pluie de -47 % par rapport aux normales de saison.
Les agriculteurs de la région appellent à une réflexion sur des systèmes agricoles plus résilients face à ces nouvelles réalités climatiques.
Source : Reporterre
