Scandale sanitaire : les usines à bitume de l’A69 empoisonnent le Tarn
Sur la commune de Puylaurens, dans le Tarn, la centrale à bitume fonctionne à plein régime dans le cadre de la construction de l’autoroute A69 reliant Toulouse à Castres. Ce projet, censé être opérationnel en octobre, suscite des inquiétudes croissantes quant au respect des normes sanitaires et environnementales par le concessionnaire Atosca. Le 31 août, la préfecture du Tarn a mis en demeure le concessionnaire après plusieurs mois de rejets de composés organiques volatils (COV) dépassant les seuils réglementaires.
Les COV émis par la centrale de Puylaurens sont classés comme cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques. En juin, les rejets atteignaient 5,76 milligrammes par normo-mètre cube (mg/Nm³), soit trois fois plus que la norme fixée à 2 mg/Nm³. En novembre 2025, ces rejets étaient déjà à 2,8 mg/Nm³.
Jean-Noël Raynaud, ancien ingénieur et membre du collectif « Sans Bitume », souligne que ces dépassements avaient été signalés à la préfecture dès novembre. L’inquiétude se concentre sur la centrale de Puylaurens, qui a dépassé les taux d’émission dès ses débuts en novembre 2025.
Gabriel, membre du collectif « La voie est libre », déclare que la préfecture et la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) doivent rendre des comptes sur leur incapacité à faire respecter les normes. Les COV peuvent être particulièrement dangereux pour les populations vulnérables, comme les enfants et les femmes enceintes.
En juin, le taux de monoxyde de carbone à la sortie de la centrale a également dépassé le seuil autorisé, atteignant 693 mg/Nm³ pour une norme de 500 mg/Nm³. La proximité d’habitations et d’établissements scolaires dans un rayon de 5 km autour de la centrale renforce les préoccupations des riverains.
Les mes de contrôle des rejets, bien que requises par la préfecture, sont effectuées par Atosca lui-même, ce qui soulève des questions sur leur fiabilité. Les résultats des analyses, souvent reçus avec un délai de deux mois, ne permettent pas un suivi en temps réel.
Des échanges d’e-mails révèlent que le préfet du Tarn a reconnu des erreurs dans les rapports transmis par Atosca, sans toutefois prendre des mes immédiates pour arrêter l’usine. Les opposants s’interrogent sur l’absence d’actions pour protéger la population.
Atosca a jusqu’au 4 septembre pour se conformer aux normes de monoxyde de carbone et jusqu’au 17 septembre pour celles des COV. Toutefois, la capacité de la préfecture à faire respecter ces délais reste incertaine, alors que le chantier de l’A69 se rapproche de son terme.
Les opposants au projet prévoient de manifester lors de l’inauguration de l’autoroute, intitulée « La Défête », prévue les 9, 10 et 11 octobre.
Source : Reporterre

