Scandale du chlordécone : « Nous faisons face à un État tricheur, empoisonneur et criminel »

Guadeloupe, correspondance

Le 22 juin, la cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l’affaire du chlordécone, un pesticide controversé utilisé massivement dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique jusqu’en 1993. Cette décision a suscité une forte réaction de la part des avocats et des élus locaux. Maître Georges-Emmanuel Germany a déclaré : « L’institution judiciaire vient de donner l’image d’un organe en lequel les Martiniquais et les Guadeloupéens ne peuvent pas avoir confiance. Nous faisons face à un État tricheur, empoisonneur et criminel. »

Considéré comme neurotoxique, reprotoxique et perturbateur endocrinien, le chlordécone est classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer. Il a été interdit en France hexagonale en 1990, mais son utilisation a continué aux Antilles jusqu’en 1993 par dérogation.

Les parties civiles, comme l’a souligné Harry Durimel, avocat et maire de Pointe-à-Pitre, ont encore des recours judiciaires possibles. « Nous savions que ce serait long, et cette décision ne va pas nous arrêter. La prochaine étape, c’est la Cour de cassation et, si nécessaire, nous irons jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme ! »

« Tous les six mois, nous enterrons quelqu’un »

La députée martiniquaise Béatrice Bellay a également exprimé son indignation : « C’est un dossier long : plus de vingt ans à batailler pour faire reconnaître une injustice documentée. » Elle a rappelé que, malgré l’interdiction, le chlordécone a été largement répandu aux Antilles. « Ce qui est contesté, c’est la responsabilité pénale de ceux qui ont pris ces décisions. »

Une étude réalisée par Santé publique France en 2013 a révélé que 90 % de la population martiniquaise et guadeloupéenne présente des traces de chlordécone dans le sang. Sidjie Esdras, militante du parti Combat ouvrier, a déclaré : « Les ouvriers agricoles de la banane tombent comme des mouches. Tous les six mois, nous enterrons quelqu’un. »

Une indemnisation qui prend son temps

Le 12 juin, le Parlement a voté une loi visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone. Cependant, les détails de cette loi soulèvent des inquiétudes. Actuellement, seules certaines maladies, comme les cancers de la prostate et la maladie de Parkinson, sont reconnues pour l’indemnisation. Maître Germany a souligné : « Il n’y a rien pour les femmes atteintes de cancer du sein ou d’autres formes de cancer. »

La situation actuelle concerne environ 700 000 personnes aux Antilles. Une véritable enquête épidémiologique serait nécessaire pour déterminer toutes les maladies liées à l’exposition au chlordécone, mais la poursuite de l’enquête a été refusée par la justice.

Face à cette impasse, des mobilisations sont envisagées. Des organisations politiques, comme le Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens, envisagent des actions pour faire avancer la cause des victimes.

La situation autour du chlordécone reste préoccupante et les conséquences de cette affaire continuent de peser sur la santé publique en Guadeloupe et en Martinique.

Source : Reporterre

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