Sainte-Soline à sec : le modèle des mégabassines à l’épreuve des canicules
La Rochelle (Charente-Maritime), 17 août 2026 à 17h32
Sainte-Soline, frappée par des vagues de chaleur, met en lumière la vulnérabilité des mégabassines face aux effets du changement climatique. Depuis la décision de la cour d’appel de Bordeaux en décembre 2024, interdisant le remplissage et l’utilisation de cette réserve, le volume d’eau stocké a drastiquement chuté. Partiellement remplie par les pluies hivernales à hauteur de 50 000 m³, cette réserve a vu son contenu s’évaporer presque intégralement durant les deux premières canicules. Entre le 15 juin et le 20 juillet, 40 000 m³ d’eau — équivalant à la consommation annuelle de plus de 900 personnes — ont disparu.
Cette situation illustre les limites des mégabassines pour stocker l’eau destinée à l’agriculture dans un contexte de réchauffement climatique et de vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Les critiques s’intensifient autour des risques d’évaporation massive dans ces réservoirs en surface, alors que les nappes phréatiques peuvent mieux préserver la ressource.
L’adoption récente de la loi d’urgence agricole, qui prévoit le doublement des capacités de stockage d’eau d’ici 2035, soulève des interrogations quant à la viabilité de cette approche.
1 000 m³ d’eau évaporés chaque jour
La Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres, gestionnaire des mégabassines dans le bassin de la Sèvre Niortaise et le Marais Poitevin, défend que l’évaporation maximale constatée serait de l’ordre de 3 à 4 % du volume stocké, avec une compensation par la pluviométrie. Cependant, cette affirmation est mise à mal par les événements récents.
Normalement, les mégabassines sont remplies par pompage des nappes phréatiques durant les périodes de « hautes eaux » (automne et hiver). Cette saison, Sainte-Soline n’a été alimentée que par les pluies, qui, malgré un hiver pluvieux, n’ont pas suffi. Au maximum de son remplissage naturel, le 17 mars, la bassine ne contenait que 55 210 m³, soit seulement 12 % de sa capacité maximale de 450 000 m³.
La situation s’est aggravée à partir de mai, avec des températures atteignant 41 °C à Niort le 22 mai. Le 20 juillet, plus aucune eau n’était détectable dans la bassine, avec une évaporation quotidienne moyenne de 1 000 m³ sur le mois précédent.
La fragilité du modèle technosolutionniste
Florence Habets, directrice de recherche au CNRS, souligne que ces pertes d’eau sont comparables à celles observées dans certains lacs, devenant de véritables puits de chaleur. Les périodes de sécheresse accentuent ces flux d’évaporation.
Le début des canicules a coïncidé avec le lancement de l’arrosage du maïs, culture particulièrement gourmande en eau. François Geay, directeur de l’Établissement public du Marais poitevin, confirme que le taux d’évaporation est un paramètre clé pour évaluer la performance des réserves. Les taux d’évaporation, estimés entre 2 et 10 % les années précédentes, devraient être réévalués en fin de campagne 2026, mais il est probable qu’ils soient plus élevés cette année en raison des températures records.
La situation à Sainte-Soline souligne la fragilité d’un modèle technologique qui n’a pas su anticiper les impacts du changement climatique. Au-delà de cette réserve, l’ensemble des réserves de substitution du bassin montrent des taux de remplissage préoccupants. La bassine de Mauzé, par exemple, affichait moins de 3 000 m³ de stock au 14 août, un dixième de son niveau moyen habituel à cette période. La réserve de Priaires est à sec depuis le 8 août.
Contactée, la Coop de l’eau 79 n’a pas répondu aux demandes d’information.
Source : Reporterre



