Répondre aux crises agricoles implique de sortir des postures fossilisantes
La France fait face à une crise agricole profonde, marquée par une diminution du pouvoir d’achat alimentaire des ménages. Les responsables professionnels et politiques avancent souvent que l’augmentation des prix payés aux producteurs résoudra ces crises. Cependant, cette approche semble insuffisante.
Un constat alarmant
Depuis trois décennies, le nombre d’agriculteurs en France a chuté de 40 %. Si cette diminution n’avait pas eu lieu, les revenus individuels des agriculteurs auraient également connu une chute similaire. Parallèlement, la valeur ajoutée de l’agriculture française stagne, la baisse des prix reçus par les producteurs étant contrebalancée par une hausse des charges des exploitations.
Chaque année, environ 40 000 hectares de terres agricoles deviennent des friches, en raison de l’abandon des exploitations pour des raisons économiques. Actuellement, 10 % de la surface agricole française est laissée à l’abandon.
Un modèle agricole obsolète
Ces éléments soulignent l’urgence de repenser la politique agricole, qui repose sur des bases établies il y a plus de soixante ans. Les normes européennes et nationales, bien que souvent critiquées pour leur coût, ne sont qu’une partie du problème de compétitivité plus large, comme l’indique un récent rapport du Sénat.
Pour répondre aux diverses crises agricoles, telles que la baisse des prix du lait ou la chute de la consommation de vin, il est crucial de considérer à la fois les particularités de chaque secteur et les défis communs. Une sortie des postures figées, comme la promotion de l’agroécologie sans tenir compte des revenus agricoles, est nécessaire.
Une vision à réévaluer
La profession agricole doit également s’interroger sur ses propres rigidités. L’augmentation des emplois dans l’administration agricole, tout en observant une diminution du nombre d’agriculteurs, pose question. Le contrôle des agrandissements et le maintien des Sociétés d’aménagement foncier (Safer) ne semblent pas adaptés à la réalité où 10 % des terres sont à l’abandon.
La situation de l’élevage traditionnel de « bovins-viande » illustre cette vision dépassée. Les coûts de production y sont souvent supérieurs à la valeur de la production, soulevant des questions sur la durabilité et la justification de ce modèle.
Vers de nouveaux compromis
La transformation des agriculteurs en producteurs d’énergie est cruciale pour réduire les coûts énergétiques croissants. La réduction de la consommation d’énergies fossiles et la production d’énergies renouvelables doivent devenir des priorités.
De meilleures relations entre agriculture et environnement sont également envisageables, grâce à une évolution des pratiques et à une valorisation des terres abandonnées. Cependant, ces changements ne seront acceptés que si des garanties sont fournies concernant leur impact sur les revenus des agriculteurs.
Source : La Croix