Plomb, arsenic, cadmium : les dangers cachés de la céramique
La céramique connaît un essor considérable depuis la pandémie de Covid-19. Ce loisir créatif attire de nombreux adeptes, notamment dans des cafés-céramiques où les participants décorent des pièces en argile à l’aide d’émaux. Cependant, des professionnels de la santé alertent sur les risques potentiels pour la santé liés à l’utilisation de ces matériaux, en particulier lors de l’émaillage.
Dans ces établissements, moyennant une trentaine d’euros, les clients peignent des pièces déjà précuites. Ce processus, qui se déroule souvent dans une ambiance conviviale avec des boissons et des collations, peut s’avérer dangereux. Ornella, ancienne employée de l’un de ces cafés, témoigne : « Les clientes manipulent des pinceaux trempés dans des émaux sans se rendre compte des risques. J’ai même vu une cliente peindre ses lèvres avec de l’émail avant d’embrasser sa tasse. » Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que des femmes enceintes et des enfants sont souvent présents.
Les émaux utilisés contiennent parfois des métaux lourds tels que le plomb, l’arsenic, le cadmium, et d’autres substances toxiques. Ces éléments peuvent avoir des effets néfastes sur la santé, un problème qui dépasse le cadre des cafés-céramiques et touche l’ensemble du secteur.
Les risques d’exposition à la silice, un composant de l’argile, sont déjà bien connus pour leurs effets respiratoires. Toutefois, la dangerosité des émaux reste un sujet souvent ignoré. Joëlle Swanet, céramiste et experte sur les risques liés aux émaux, souligne que les produits toxiques présents dans l’air et l’environnement ne doivent pas être aggravés par des pratiques de céramique non sécurisées.
Marie-Hélène Testu, fondatrice de l’atelier-boutique Terre Ocre à Paris, a observé une augmentation des cas de maladies graves parmi les professionnels de la céramique. Elle explique : « Les céramistes inhalent des particules toxiques en manipulant les poudres d’émaux, et les fumées dégagées lors de la cuisson peuvent également être nocives. »
Le manque de régulation dans le secteur complique davantage la situation. Amélie Touvet, ingénieure-potière, déplore que toute personne puisse se déclarer céramiste sans formation adéquate. De plus, les études épidémiologiques sur les risques liés à la céramique sont rares, ce qui rend difficile l’évaluation des dangers.
Face à ces préoccupations, certaines initiatives individuelles émergent. Sarah Papon, fondatrice de la Manufacture Sauvage à Paris, impose des règles strictes de sécurité dans son atelier, telles que l’utilisation obligatoire de masques et de gants. Guillaume Biasini, à Bordeaux, réalise lui-même l’émaillage des pièces pour garantir leur sécurité.
Malgré ces efforts, les mes de protection demeurent insuffisantes et manquent d’une approche systématique. Les fabricants d’émaux sont également pointés du doigt pour leurs étiquettes souvent trompeuses, indiquant des produits « non toxiques » sans fournir d’informations claires sur les compositions.
En matière de réglementation, la situation est préoccupante. Les normes en vigueur, établies en 1984, concernent uniquement le plomb et le cadmium, avec des seuils jugés trop élevés par des experts. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) effectue des contrôles dans les ateliers, mais ceux-ci ne s’appliquent pas toujours aux ateliers d’apprentissage.
Les experts s’accordent à dire qu’il est crucial d’éduquer les céramistes sur les risques chimiques afin d’éviter des conséquences graves pour la santé des consommateurs. Plusieurs initiatives de formation sont en cours pour sensibiliser les professionnels aux dangers associés aux émaux.
En conclusion, la démocratisation de la céramique ne doit pas se faire au détriment de la sécurité. Les acteurs du secteur doivent agir pour garantir que la céramique rime avec éthique plutôt qu’avec toxicité.
Source : Reporterre