Pollution au plomb et à l’arsenic : l’État dans l’inaction depuis 15 ans
Le 8 avril dernier, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France a recommandé aux habitants de Bagneaux-sur-Loing, en Seine-et-Marne, de ne plus consommer les fruits et légumes de leur potager. Cette alerte fait suite à une pollution avérée à l’arsenic, substance cancérogène, et au plomb, un toxique néfaste pour le cerveau. La préfecture de Seine-et-Marne a évoqué le principe de précaution pour justifier ces mes.
Les restrictions s’appliquent à un périmètre proche de deux usines, Keraglass et Corning. Keraglass, détenue par Saint-Gobain et Corning, a utilisé de l’arsenic dans ses procédés jusqu’en 2020, tandis que Corning produit des verres ophtalmiques et au plomb.
Une expertise inédite
Lors d’une réunion publique le 14 avril, les habitants ont exprimé leurs préoccupations : « Pourquoi maintenant ? Qu’est-ce qu’on a ingéré depuis des années ? » L’ampleur de cette pollution, sous surveillance des autorités depuis au moins quinze ans, a été mise en lumière par des analyses et des documents récents.
Depuis 2009, il est imposé à Keraglass et Corning de réaliser des analyses régulières d’arsenic et de plomb dans les sols et les végétaux. Malgré des résultats alarmants, l’État a attendu 2022 pour solliciter une expertise indépendante sur la surveillance environnementale mise en place par les deux entreprises.
Cette expertise, confiée à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et rendue en novembre 2025, a conduit aux mes annoncées en avril.
Impact sur les établissements scolaires
Le rapport d’Ineris a révélé que la contamination a touché des établissements scolaires, notamment l’école maternelle Paul Lopez. Deux campagnes de prélèvements de poussières ont été effectuées : une par les industriels en 2023, et une autre par l’ARS en 2025, incluant des espaces intérieurs.
Robert Garnier, toxicologue, a souligné que l’exposition des enfants pourrait être aggravée par l’ingestion de poussières. À l’école maternelle, le taux de plomb dans le dortoir a été mesuré à 61,5 microgrammes par mètre carré, dépassant le seuil de vigilance fixé à 25 µg/m². Des pics à 286 µg/m² ont été relevés dans les cours de récréation.
Signaux d’alerte ignorés depuis 2009
Les premiers signaux d’alerte sont apparus en 2009, lorsqu’un riverain a signalé des nécroses sur des végétaux. Depuis lors, des analyses ont régulièrement révélé des teneurs en plomb supérieures à la norme autorisée dans des légumes locaux. Cependant, l’absence de mes de l’État a perduré, malgré des rapports antérieurs soulignant une dégradation environnementale.
L’air a également été contaminé, avec des taux d’arsenic dépassant les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, détectés par Airparif en 2014 et 2019.
Surveillance inadaptée
La préfecture de Seine-et-Marne a reconnu que les résultats des campagnes d’analyses étaient insuffisants pour justifier des actions. L’expertise de l’Ineris a pointé des erreurs méthodologiques et un réseau de surveillance inadapté.
Keraglass a affirmé avoir commencé à réduire l’utilisation de l’arsenic dès les années 2000, tandis que Corning a déclaré respecter les réglementations environnementales.
L’ARS a annoncé qu’un dépistage du plomb et de l’arsenic sera proposé aux habitants exposés.
Source principale : Reporterre