C’est une période difficile à passer pour le monde de l’éducation chaque année : la redéfinition de la carte scolaire. Cette année, dans la Somme, à l’issue d’une ultime réunion de négociations, le recteur a acté 40 fermetures de classes, soit 8 de moins que prévu. Certains élus locaux regrettent une logique comptable appliquée l’éducation.
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Tous les ans, pour les parents d’élèves et le monde enseignant, le retour du printemps signe le retour de la bataille autour de la carte scolaire. Cette année encore, dans la Somme, plusieurs opérations écoles mortes ont eu lieu pour dénoncer le risque de fermetures de classe, jusqu’à ce jeudi 9 avril, où se tenait l’ultime réunion avec le rectorat.
Finalement, 40 classes devraient fermer dans le département – contre 8 annoncées au départ.
Carole Van De Moortele, enseignante à Hornoy Le Bourg, dans l’ouest du département, s’était rendue au rassemblement organisé devant le rectorat d’Amiens avec des élus locaux et des syndicats pour demander à ce que son école soit épargnée cette année. « On est en réseau d’éducation prioritaire, à la campagne et une fermeture de classe, ça veut dire qu’on risquerait d’avoir 27, 28 élèves dans les classes, qui sont des petites salles de 50 m2, déplore-t-elle. Et puis le temps de correction, le temps d’attention pour les enfants en difficulté seront réduits. C’est pour tout ça qu’on se bat. On se bat pour l’idée d’une école publique de qualité qui offre les mêmes chances à tous les enfants. » Son école fait finalement bien partie des 8 qui échappent à la fermeture.
Des parnets d’élèves et des enseignants se sont mobilisés devant le rectorat d’Amiens pour éviter des fermetures de classes.
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© Paul Thiry / FTV
Ouf de soulagement également pour Jérémy Meneau, parent d’élève venu lui aussi manifester. Une classe devait être supprimée dans l’école d’Ailly-le-Haut-Clocher, où sa fille est scolarisée. Il y a deux ans, déjà, il a fallu accuser le coup d’une fermeture, engendrant la création d’une classe à double niveau. « C’est la crainte de beaucoup de parents de notre école de voir les classes à double niveau se généraliser, confie-t-il. Pour les enfants qui ont quelques difficultés ça peut être un frein supplémentaire. Et si on voit plus loin, certains parents pourraient être réticents à inscrire leurs enfants dans une école où il n’y a que des doubles niveaux et s’orienter vers l’enseignement privé. »
Pour justifier ces choix, Philippe Destable, directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) de la Somme cite deux facteurs : une démographie en berne, et un budget contraint. « Ce qui explique ces suppressions de postes c’est d’abord le budget de la nation, et celui-ci tient compte de la très forte baisse du nombre d’élèves. Nous allons perdre dans le premier degré plus de 900 élèves à la rentrée 2026« , détaille-t-il.
Élus locaux, enseignants et parents d’élèves dénoncent une logique comptable derrière les arbitrages de la carte scolaire.
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© Paul Thiry / FTV
Il ajoute par ailleurs que dans le même temps, 8 classes vont être ouvertes, soit 2 de plus que prévu, « parce que la population bouge aussi dans le département« .
Il rappelle que la définition de la carte scolaire est le fruit d’une réflexion commune avec les parents, les élus locaux et les représentants du personnel. « Nous avons étudié la situation de chaque école, sous l’angle bien sur des élèves mais aussi de l’équipe enseignante et du territoire rural ou urbain. C’est à l’issue de cette réflexion collective que nous arrivons à cet arbitrage très difficile« , conclut-il.
Mais pour certains élus locaux, la question n’est pas tant d’arbitrer des faits comptables, mais de faire des choix politiques forts. « Ce sont des choix faits sur un tableau Excel qui n’apprécient pas ce qui se passe sur le terrain« , estime Léon Deffontaines, adjoint communiste au maire d’Amiens, qui estime qu’il aurait fallu tirer parti de cette baisse d’effectifs pour maintenir des classes avec moins d’élèves. Une classe qui ferme, une école qui ferme, c’est une dévitalisation du territoire. C’est notre avenir qui est hypothéqué quand on ferme des classes. (…) Le gouvernement fait un choix purement économique, de faire des économies sur le dos de nos enfants, c’est inadmissible.«
Dans la Somme, on cumule beaucoup de difficultés sociales. C’est l’école qui peut corriger ces inégalités-là.
Angelo Tonolli, maire (divers gauche) d’Abbeville
Même son de cloche du côté du maire (divers gauche) fraîchement élu à Abbeville, Angelo Tonolli. « L’occasion est unique d’améliorer les moyens d’enseignement dans les écoles en réduisant le nombre d’élèves par classe. On a une opportunité pour améliorer les conditions d’éduction, argumente-t-il. On sait que dans la Somme, on cumule beaucoup de difficultés sociales, que le taux d’illettrisme notamment est très élevé. C’est l’école qui peut corriger ces inégalités-là, il faut défendre les écoles et notamment les écoles rurales. » D’après les derniers chiffres de l’Observatoire de l’illettrisme et de l’illectronisme, la part des jeunes en difficulté de lecture dans le département est effectivement supérieure à la moyenne nationale, notamment dans les territoires ruraux comme le Vimeu.
Je pense qu’il y a plusieurs critères à prendre en compte : les résultats, les transports, et la démographie.
Laurent Somon, sénateur (LR) de la Somme
Laurent Somon, sénateur LR de la Somme, co-rapporteur d‘une mission d’information sur la compétence scolaire des collectivités territoriales, connaît bien le sujet. Il propose de changer radicalement d’approche pour que les arbitrages soient plus efficaces et moins vécus comme un « couperet annuel« .
S’il entend les arguments des élus de gauche, il estime que la question du nombre d’élèves par classe ne peut pas non plus suffire à résoudre cette épineuse question. « Ça reste une logique comptable, et ce n’est pas suffisant. Je pense qu’il y a plusieurs critères à prendre en compte : les résultats, les transports, et la démographie, explique-t-il. La France a des résultats qui se dégradent au niveau international, et localement, la Somme est largement en dessous de la moyenne nationale. Il faut faire une analyse, de manière macroscopique, mais aussi microscopique, pour comprendre pourquoi les résultats sont meilleurs dans un établissement que dans un autre. Et il faut adapter les moyens en fonction des nécessités locales. » Il estime aussi que le temps de transport doit impérativement entrer en compte dans la redéfinition de la carte scolaire. « On ne peut pas accepter qu’il y ait une heure de trajet le matin et une heure le soir, surtout pour les plus jeunes, ça n’est pas sérieux« , souligne-t-il. Enfin, la démographie en baisse doit être prise en compte, avec une logique d’anticipation.
Surtout, il plaide pour une manière de faire plus collaborative. « Il faut que ce soit donnant donnant. Les élus locaux doivent s’engager à réfléchir, sur les trois années à venir, à une réorganisation en fonction du territoire, et que l’État s’engage à ne pas annoncer un nombre aussi important de fermetures, comme les 40 prévues dans la Somme cette année, et de manière aussi brutale, le temps des trois rentrées qui arrivent« , argumente-t-il. Il estime qu’à l’heure actuelle, les arbitrages sont fait de manière trop unilatérale. « Il faut décentraliser ces décisions-là. Aujourd’hui, ça donne l’impression d’être uniquement budgétaire, avec le ministère qui dit aux rectorats qu’il faut supprimer tant de postes, et des services académiques qui se retrouvent un peu entre le marteau et l’enclume à chercher où il va falloir couper. »
Dans cette logique, le sénateur a signé une tribune dans le journal Le Monde, pour défendre cette façon de travailler alternative, notamment dans les territoires ruraux.
Avec Julie Subitte / FTV
Éducation en péril : Quand la carte scolaire devient un tableau Excel
Dans la Somme, la redéfinition de la carte scolaire se transforme en un véritable casse-tête, où 40 classes ferment, laissant les élus locaux et les enseignants dans un désarroi palpable.
Chaque printemps, le monde de l’éducation se retrouve face à une épreuve redoutée : la bataille pour la carte scolaire. Cette année, dans la Somme, la situation atteint des sommets d’absurdité. À l’issue d’une ultime réunion, le recteur a décidé de fermer 40 classes, soit 8 de moins que prévu. Un véritable soulagement, n’est-ce pas ?
Ce qui se passe réellement
Les parents et enseignants, inquiets, se sont mobilisés lors de manifestations, dénonçant les fermetures de classes. Carole Van De Moortele, enseignante à Hornoy Le Bourg, a exprimé son désespoir : « Une fermeture de classe, ça veut dire 27 élèves dans des salles de 50 m²« . Une situation qui pourrait sembler cocasse si elle n’était pas tragique. Son école a finalement échappé à la fermeture, mais combien d’autres n’ont pas eu cette chance ?
Le directeur académique, Philippe Destable, justifie ces choix par une démographie en berne et un budget contraint. « Nous allons perdre plus de 900 élèves à la rentrée 2026« , annonce-t-il, comme si cela suffisait à justifier la mise à mort de l’éducation publique.
Pourquoi cela dérange
Les élus locaux, eux, ne se laissent pas abattre. Léon Deffontaines, adjoint communiste au maire d’Amiens, dénonce une logique comptable qui ne prend pas en compte les réalités du terrain. « Ce sont des choix faits sur un tableau Excel« , s’insurge-t-il. Une belle métaphore pour illustrer l’absurdité d’une gestion qui semble ignorer les besoins fondamentaux des enfants.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont claires : des classes surchargées, une attention réduite pour les élèves en difficulté et, in fine, un risque accru d’illéttrisme. Dans un département où le taux d’illettrisme est déjà supérieur à la moyenne nationale, fermer des classes est un véritable coup de poignard dans le dos des plus vulnérables.
Lecture satirique
Le gouvernement, en se cachant derrière des chiffres, semble oublier que l’éducation n’est pas une simple question de budget. Les promesses de qualité éducative se heurtent à la réalité des fermetures. Et pendant ce temps, les enfants sont les grands perdants de cette farce tragique.
Effet miroir international
En regardant au-delà des frontières, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec des politiques autoritaires qui, elles aussi, sacrifient l’éducation sur l’autel de l’économie. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, la tendance à réduire les budgets éducatifs au profit d’autres priorités est alarmante.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, il est à craindre que l’éducation publique dans la Somme ne devienne qu’un lointain souvenir. Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain, et si on les abandonne, qui s’occupera de notre avenir ?
Sources
Source : france3-regions.franceinfo.fr

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