« Nous avons dû agir » : contre la ruée vers l’or, ces petites villes font leur propre loi

Contre la ruée vers l’or, ces petites villes font leur propre loi

Caranavi (Bolivie), reportage — Dans la région de Caranavi, les autorités locales ont pris des mes pour contrer l’impact de l’industrie minière. En avril dernier, le conseil municipal a adopté une loi interdisant toute activité et pollution minière. Cette décision fait suite à des inquiétudes croissantes parmi les producteurs locaux de café, cacao et fruits, qui craignent pour la qualité de leurs cultures.

Fernando Salinas, directeur de l’environnement à la mairie, souligne que la ville est située à proximité de la principale zone aurifère du pays. Il constate déjà des signes de pollution, avec des eaux troubles dans la rivière Coroico, qui pourrait être le résultat d’activités minières en amont. Malgré la loi, plusieurs coopératives minières continuent d’opérer dans la région, rendant difficile toute régulation par la mairie.

Willy Zucapuca Laura, conseiller municipal et producteur de café, explique : « Face à la pression de la population et de certains secteurs productifs qui craignaient pour leurs activités, nous avons dû agir. » Toutefois, la municipalité ne dispose pas des moyens nécessaires pour expulser les mineurs, se limitant à des restrictions sur certaines zones sensibles.

Le lobby minier s’intensifie

Caranavi, qui compte environ 15 000 habitants, n’est pas la première localité à adopter une législation anti-minière. En 2021, Palos Blancos et Alto Beni ont également voté des lois similaires. Cette pression s’explique par la mobilisation de la centrale de coopératives El Ceibo, qui regroupe 49 coopératives agricoles et plus de 1 300 familles productrices de cacao, dont les exportations atteignent des destinations comme la France et le Japon.

Les producteurs de cacao, comme Fernanda Huasco Figueroa, ingénieure forestière à la fondation Piaf-El Ceibo, insistent sur l’importance de maintenir des normes de qualité strictes pour préserver leurs certifications. La menace d’activités minières à proximité pourrait compromettre ces efforts.

En parallèle, l’État bolivien cherche à développer le secteur minier. Un récent sommet à La Paz a rassemblé des représentants gouvernementaux et des acteurs de l’industrie, qui se sont opposés aux lois anti-minières et ont rejeté l’idée d’un droit de veto pour les communautés locales.

Conséquences environnementales

Les effets de l’exploitation minière sur l’environnement sont déjà visibles. Des inondations à Tipuani et des cas de contamination au mercure parmi des communautés indigènes à Rurrenabaque illustrent les dangers associés à cette industrie. De plus, plusieurs parcs naturels, comme celui du Madidi, sont menacés par l’arrivée de mineurs illégaux.

Les villes comme Caranavi peinent à se défaire de leur dépendance à l’or, attirées par les bénéfices économiques à court terme. Les redevances minières contribuent également aux budgets municipaux, et certains membres des conseils municipaux sont eux-mêmes impliqués dans l’exploitation minière.

Elías Aira, secrétaire municipal à Palos Blancos, met en garde contre les stratégies des coopératives minières, qui recrutent des locaux pour affaiblir l’opposition.

Une épée de Damoclès

Malgré les lois anti-minières, la menace persiste. L’attribution de concessions minières reste une compétence de l’État central, et l’Autorité juridictionnelle administrative minière (Ajam) a déjà quadrillé des zones sensibles. Pour garantir une protection durable, une législation au niveau national serait nécessaire, mais les localités n’ont pas encore réussi à mobiliser suffisamment de soutien.

La dépendance croissante du pays aux exportations de minerais, notamment d’argent, de zinc et d’or, complique la situation. En 2025, ces exportations devraient représenter près de 45 % de la valeur totale des exportations boliviennes, soulignant l’importance stratégique de l’industrie minière pour l’économie nationale.

À Palos Blancos, Andrés Marcos Lipacho, un producteur de cacao, reste déterminé : « Si des coopératives minières tentent de revenir, nous n’hésiterons pas à bloquer les routes à nouveau. »

Source : Reporterre

Source