Pesticides : décontaminer l’eau potable pourrait coûter jusqu’à 5,7 milliards d’euros par an

Pesticides : la dépollution de l’eau potable pourrait coûter jusqu’à 5,7 milliards d’euros par an

La dépollution de l’eau potable des micropolluants, tels que les résidus de pesticides et d’autres polluants éternels, pourrait engendrer un surcoût annuel compris entre 1,3 et 5,7 milliards d’euros. Ce constat émane d’un rapport d’une mission d’inspection interministérielle, dont l’AFP a eu connaissance le 31 juillet.

Quatre agences gouvernementales avaient été chargées, en septembre 2025, de produire des scénarios de déploiement de la dépollution et de proposer des solutions de financement face aux polluants émergents. Leur persistance et leur accumulation dans l’environnement laissent craindre une augmentation des non-conformités de l’eau potable dans les années à venir.

Le rapport, élaboré par l’IGEDD, l’Igas, l’IGF et le CGAAER, a été finalisé en mai 2026 et mis en ligne le 30 juillet, sans communication officielle du gouvernement. Il souligne que la détection de nouveaux micropolluants chimiques, comme les métabolites de pesticides et les PFAS, rend le respect des normes de qualité européennes de plus en plus difficile, en particulier dans certaines régions du Nord et de l’Est de la France. Plusieurs communes de la Meuse et des Ardennes ont déjà imposé des restrictions de consommation en raison de pollutions records de PFAS.

Les auteurs du rapport notent également que le service public de l’eau potable est fragilisé par un sous-investissement structurel et un modèle de financement insuffisant. Pour y remédier, quatre scénarios de dépollution ont été dressés, chiffrant les surcoûts par rapport à la situation actuelle. Le premier scénario, un « socle minimal », nécessiterait un surcoût de 1,3 milliard d’euros par an. Le second, incluant des normes plus strictes pour le TFA, entraînerait un surcoût de près de 2,2 milliards d’euros. Les scénarios 3 et 4, qui visent une dépollution plus large, représenteraient des surcoûts respectifs de 3,2 et 5,7 milliards d’euros par an.

Ce rapport est publié peu après l’adoption de la loi d’urgence agricole, qui introduit une hiérarchie des captages d’eau potable à protéger. Toutefois, des inquiétudes se sont élevées concernant le nombre de captages jugés « prioritaires » et le potentiel report des coûts de dépollution sur les collectivités. De plus, le gouvernement pourrait suspendre la redevance pour pollutions diffuses, une taxe sur les pesticides, en cas de difficultés économiques pour les exploitations agricoles.

Le rapport recommande de renforcer le principe pollueur-payeur pour un montant de 1,2 milliard d’euros par an, tout en prévenant que ces recettes seront insuffisantes pour éviter une hausse des prix de l’eau, estimée entre 3,5 % et 59 %, selon les scénarios envisagés et la variabilité territoriale.

La préservation de la ressource en eau est ainsi présentée comme un impératif écologique et sanitaire, mais également économique, conditionnant la capacité à gérer l’augmentation des besoins de traitement et la hausse des coûts pour les usagers.

Source : AFP

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