Pesticides interdits : « Le gouvernement offre un consentement à l’empoisonnement alimentaire de la population »
Du thé vert, des épices et du riz contenant des pesticides interdits en Europe continuent d’être commercialisés dans les supermarchés français, plus d’un mois après l’alerte de l’ONG Foodwatch. Le 19 mai, cette organisation a révélé les résultats d’analyses effectuées par un laboratoire accrédité. Sur les 15 produits testés, 12 présentaient des traces de pesticides proscrits, dont deux dépassaient les limites maximales de résidus établies pour protéger la santé des consommateurs.
Les produits concernés incluent les épices de paprika doux de la marque Ducros et le riz thaï Lustucru Taureau ailé, qui, selon Foodwatch, devraient être rappelés, ce qui n’a pas été fait.
Un système basé sur l’autocontrôle
Le système de surveillance de la sécurité alimentaire repose actuellement sur l’autocontrôle des industriels, malgré plusieurs scandales alimentaires récents, tels que ceux liés aux pizzas Buitoni et aux œufs Kinder. Le ministère de l’Agriculture n’a pas répondu aux demandes d’informations concernant ces rappels de produits.
Ducros a affirmé que ses analyses avaient confirmé la conformité et la sécurité de ses produits avant leur mise sur le marché. Toutefois, en raison d’un vide juridique et de l’absence de recommandations au niveau européen, la marque se base sur des normes moins strictes établies par l’European Spices Association, un lobby des producteurs d’épices.
Le laboratoire mandaté par Foodwatch s’appuie sur des normes plus strictes, en se référant à la législation néerlandaise. Camille Dorioz, directeur des campagnes à Foodwatch, a souligné les limites de l’autocontrôle et a appelé l’État à prendre ses responsabilités.
Lustucru a déclaré que ses tests n’avaient pas détecté de pesticides dans le lot de riz incriminé, mais les deux géants de l’agroalimentaire n’ont pas fourni les résultats de leurs analyses aux autorités.
L’importation de produits prohibés
Les marques concernées peuvent importer en Europe des produits contenant des pesticides interdits, à condition qu’ils soient cultivés hors du continent. Cette situation crée un paradoxe où même si un pesticide est interdit d’usage, il peut ne pas l’être dans l’alimentation. Les consommateurs se retrouvent donc exposés à des résidus de pesticides dans leur alimentation.
Malgré plusieurs occasions, les pouvoirs publics n’ont pas encore légiféré pour interdire l’importation de produits contenant ces pesticides. Le Sénat a récemment intégré une me dans la loi d’urgence agricole pour interdire ces importations, mais son avenir reste incertain.
Tarir le problème à la source
La Commission européenne avait promis en 2020 de mettre fin à l’exportation de pesticides interdits, mais cette promesse a été largement remise en question. Une enquête de l’ONG Public Eye a révélé que le volume de ces produits exportés a augmenté de 50 % entre 2022 et 2024.
Laurent Gaberell, responsable agriculture et alimentation chez Public Eye, a dénoncé un double standard moral, tandis que Delphine Batho, ancienne ministre de l’Écologie, a critiqué le gouvernement pour son inaction face à l’empoisonnement alimentaire de la population.
Conclusion
Les consommateurs sont donc confrontés à une situation où la législation actuelle ne protège pas efficacement leur santé. Les lobbies agrochimiques continuent d’influencer les décisions politiques, rendant nécessaire une volonté politique forte pour interdire les pratiques nuisibles à la santé publique.
Source : Reporterre
