Nausées, maux de tête. Ostreopsis, la microalgue toxique qui fait trembler le Pays basque

Nausées, maux de tête. Ostreopsis, la microalgue toxique qui fait trembler le Pays basque

Bidart, Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), reportage

« On constate des pollutions et en attendant, les gens se baignent… », soupire Alice Bonnet, ex-marin-pêcheur au port de Saint-Jean-de-Luz, aujourd’hui capitaine mécanicienne. Elle évoque un sentiment partagé par de nombreux habitants de la région, qui craignent pour leur santé.

Au cours des dernières années, les efflorescences d’Ostreopsis ovata ont conduit à plusieurs interdictions temporaires de baignade sur de nombreuses plages du Pays basque. Alice Bonnet, mère d’un enfant de 6 ans, avoue ne plus oser se baigner l’été : « La plage proche de chez nous, à Saint-Jean-de-Luz, fait partie des plus polluées… »

L’apparition de cette microalgue sur la côte basque a été signalée en 2021. Samuel Soria, ancien chef de poste et maître-nageur sauveteur sur la plage d’Ilbarritz, à Bidart, se souvient de l’inquiétude qui régnait alors : « Certains collègues ont présenté des symptômes marqués : nausées importantes, fortes céphalées et encombrement respiratoire. Lorsqu’on passe plusieurs heures d’affilée sur la plage, l’exposition peut provoquer des symptômes proches d’un état grippal. »

Lors de ces épisodes de forte concentration de l’algue, un drapeau violet est hissé, et les touristes sont invités à quitter les lieux. Cette fermeture des plages témoigne d’une impuissance des autorités face à une microalgue toxique encore largement méconnue.

Le maire de Bidart, Emmanuel Alzuri, admet la complexité de la situation : « Aujourd’hui, nous avons un peu plus de recul, nous savons un peu mieux gérer la situation, même si nous ne connaissons pas les causes exactes de sa prolifération. Les effets des substances émises par la microalgue durent généralement un jour maximum. »

La communauté d’agglomération Pays basque (CAPB) et l’Agence régionale de santé (ARS) effectuent des prélèvements réguliers, mais Caroline Sarrade, directrice du service littoral et milieux naturels de la CAPB, souligne l’absence de seuil réglementaire national pour Ostreopsis, contrairement aux bactéries dans les eaux de baignade.

« Nous attendons une circulaire du ministère de la Santé pour les fixer », précise-t-elle. En attendant, les gestionnaires travaillent dans un cadre expérimental, établissant eux-mêmes des seuils limites.

L’ONG Surfrider, basée à Biarritz, suit l’évolution de cette microalgue depuis plusieurs années. Marc Valmassoni, coordinateur Eau et Santé au sein de l’ONG, indique que certaines proliférations d’algues sont naturelles, mais que des apports excessifs de nutriments comme le phosphate et l’azote peuvent conduire à l’eutrophisation.

Les récents épisodes de chaleur interrogent sur leur impact potentiel sur la prolifération de Ostreopsis. Les scientifiques du programme Ostreobila, piloté par l’Ifremer, étudient cette question de près, notant que les canicules pourraient avancer la période de prolifération si d’autres conditions environnementales sont réunies.

En réponse à la médiatisation des rejets d’eaux usées, la CAPB a décidé de relocaliser et reconstruire la station d’épuration de Saint-Jean-de-Luz, prévue pour 2027 avec un investissement de 45 millions d’euros. Emmanuel Alzuri as que cette nouvelle station respectera des normes strictes concernant le traitement des nutriments.

Pour l’instant, la situation reste préoccupante pour les habitants du Pays basque, qui espèrent des améliorations significatives dans la gestion de cette microalgue toxique.

Source : Reporterre

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