Nouveaux OGM : avant un vote décisif, des paysans font monter la pression
Strasbourg (Bas-Rhin), 16 juin 2026 —
Plus de 200 agriculteurs et représentants de syndicats agricoles français et allemands se sont rassemblés ce matin devant le Parlement européen pour alerter sur les dangers d’une nouvelle réglementation sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), qui pourrait être votée le 17 juin. Les manifestants, organisés par la Confédération paysanne, ont exprimé leurs craintes face à ce qu’ils qualifient de « OGM cachés ».
La proposition de la Commission européenne, présentée en 2023, vise à autoriser la commercialisation sans contraintes des végétaux issus des nouvelles techniques génomiques (NTG) ayant subi moins de vingt modifications génétiques. Ce changement de législation représente un tournant par rapport à la réglementation actuelle sur les OGM.
Églantine Berthet, co-porte-parole de la Confédération paysanne Alsace, a déclaré : « Cela va changer plusieurs choses pour les consommateurs et les agriculteurs. Ils ne sauront plus s’ils mangent des produits génétiquement modifiés, car il n’y aura aucune traçabilité. Aujourd’hui, si des OGM sont présents dans une chaîne de production, cela doit être mentionné. Demain, il n’y aura plus de mentions obligatoires. Même nous, professionnels, ne pourrons plus savoir s’il y a des NGT dans la nourriture que nous donnons à nos animaux. »
Les agriculteurs s’inquiètent également des risques de contamination. « Quand on fait des semences paysannes mais qu’on est à proximité de quelqu’un qui utilise des OGM, une pollinisation peut se produire, entraînant la création de semences génétiquement modifiées par hybridation. Cela pose de réels problèmes de contrôle de la production », a ajouté Berthet.
Un autre aspect préoccupant est le risque juridique d’être attaqué par les entreprises détenant des brevets sur les NTG, si des similitudes génétiques sont constatées entre les graines paysannes et les semences brevetées. Jérémy Ditner, président de Bio en Grand Est, a expliqué : « Si nos variétés sont contaminées par des plantes NGT, nous pourrions être poursuivis pour avoir utilisé des segments de génomes brevetés sans l’avoir voulu. Cela s’est déjà produit aux États-Unis. »
Les défenseurs du texte affirment que les végétaux issus des NTG-1, ayant subi moins de vingt modifications génétiques, peuvent apparaître naturellement ou être produits par des techniques conventionnelles. Toutefois, cette distinction est contestée par des experts comme Astrid Österreicher, conseillère en politique européenne pour Testbiotech, qui insiste sur le fait qu’une seule petite modification peut avoir des conséquences significatives.
La proposition de la Commission européenne pourrait donc avoir des implications profondes sur l’agriculture et la sécurité alimentaire en Europe, alors que le vote se profile à l’horizon.
Source : Reporterre