Nettoyage social et pillage : la réalité du Mondial au Mexique
Mexico (Mexique), reportage — Devant le stade Banorte, des militants improvisent un match de football symbolique. Sous les klaxons des automobilistes, ils délimitent un terrain entre des graffiti « Anti-Fifa ». Deux camps se dessinent : « l’équipe contre la touristification » et « l’équipe contre les expulsions ». Ce rassemblement survient à l’approche de la Coupe du Monde de football, qui débutera le 11 juin avec le match Mexique-Afrique du Sud.
La capitale mexicaine, hôte de cette compétition organisée avec le Canada et les États-Unis, prévoit 5 millions de touristes. Le gouvernement espère un développement économique, mais de nombreux habitants, appelés « capitalinos », expriment leur scepticisme.
Le pillage de Coca-Cola
Natalia Laratrejo, coordinatrice du groupe Action communautaire de Santa Úrsula Coapa, souligne que « nous sommes des communautés en résistance ». Elle dénonce le « nettoyage visuel et social » en cours, en particulier à travers les actions de Coca-Cola, partenaire de la Coupe du Monde, qui exploite une concession d’eau souterraine à proximité. « L’eau est une des principales inquiétudes », déclare-t-elle, ajoutant que le collectif utilise l’art pour exprimer son mécontentement.
Les inquiétudes concernant l’eau sont partagées par les habitants. Guadalupe Castillo et María Estela Pérez, résidentes de longue date, estiment que les besoins en eau du stade dépasseraient les 2 millions de litres par match, équivalant à la consommation quotidienne de 11 000 habitants du quartier.
Gentrification et expulsions
La gentrification s’intensifie dans le sud de Mexico, où les loyers ont augmenté jusqu’à 70 % en un an. Les habitants font état de 60 expulsions quotidiennes, souvent liées à des projets d’urbanisme en vue de la Coupe du Monde. Hugo Torres, conseiller municipal, évoque un réseau de corruption qui facilite ces expulsions.
Des lois visant à encadrer les loyers et à déclarer les locations Airbnb ont été récemment adoptées, mais les militants estiment qu’elles ne suffisent pas. La maire de Mexico, Clara Brugada, a exprimé sa volonté de développer un « tourisme qui ne serait pas synonyme de déplacements ou d’expulsions ».
Le climat de mécontentement est palpable, accentué par la montée des prix et l’industrialisation du sport. Les habitants dénoncent un « maquillage social » à travers des initiatives de repeinte et de nouveaux tramways, jugés insuffisants face aux défis réels qu’ils affrontent.
Sources : Reporterre, Congrès international de la durabilité.
