Mines, chimie, agro-industrie : l’offensive massive des lobbies européens contre la protection de l’eau
La directive-cadre européenne sur l’eau (DCE), adoptée en 2000, est actuellement menacée par des lobbies industriels, en particulier dans le secteur minier. Ce texte fondamental impose aux États membres de l’Union européenne de gérer l’eau au niveau des bassins-versants, d’interdire toute dégradation des ressources en eau et de fixer des objectifs pour leur retour à un bon état écologique et chimique. La révision de cette directive suscite de vives inquiétudes parmi les organisations environnementales, qui redoutent un assouplissement des normes de protection.
Un cadre juridique fondamental
La DCE est souvent décrite comme un modèle de politique environnementale en Europe. Gabrielle Bouleau, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, souligne que cette directive a permis d’importants progrès dans la gestion des ressources en eau, avec une amélioration significative de l’état des cours d’eau. Selon des experts, la proportion de cours d’eau en bon état est passée de 10-15 % à près de 50 % grâce à cette législation.
Changement de cap de la Commission européenne
La Commission européenne, initialement défensive de la DCE, a récemment annoncé son intention de la réviser dans le cadre d’un plan d’action intitulé ResourceEU. Cette initiative vise à alléger les exigences réglementaires pour le secteur minier, suscitant des critiques de la part de la Direction générale de l’environnement, qui juge cette révision injustifiée.
Pression des lobbies industriels
Le lobby minier, représenté par Euromines, argue que la DCE constitue un frein à l’ouverture de nouvelles mines en Europe. Rolf Kuby, directeur général d’Euromines, a déclaré que le principe de non-détérioration des eaux rendait presque impossible l’exploitation minière. Il appelle à une approche plus pragmatique qui permettrait de compenser les impacts environnementaux a posteriori.
Risques d’une révision élargie
Bien que la révision de la DCE soit présentée comme ciblée, d’autres secteurs, comme la chimie et l’agro-industrie, expriment également le souhait d’élargir cette révision pour alléger les normes environnementales. Cette dynamique suscite des craintes quant à une éventuelle déréglementation généralisée, compromettant les avancées réalisées en matière de protection de l’eau.
La consultation sur la révision de la DCE est désormais close, et la Commission européenne doit présenter ses propositions d’ici la fin de l’année. Les conséquences de cette révision pourraient avoir des répercussions significatives sur la politique de l’eau au sein de l’Union européenne.
Source : Reporterre

