L’île de Robinson Crusoé, un modèle exemplaire de protection marine attaqué par l’extrême droite chilienne

Robinson Crusoé : Un modèle de protection marine face à l’extrême droite chilienne

Robinson Crusoé, archipel de Juan Fernandez (Chili), reportage

Le jour se lève sur Robinson Crusoé, un des trois îlots de l’archipel de Juan Fernandez, situé à 700 km des côtes chiliennes. Ce lieu abrite le village de San Juan Bautista, le seul peuplé toute l’année, où résident environ mille habitants. Sur le petit embarcadère, les pêcheurs artisanaux se préparent pour une longue journée. Hector, capitaine de l’une des 80 embarcations autorisées à pêcher dans les eaux protégées de l’archipel, déclare : « Ici, on part à l’aube et on revient après le coucher du soleil. »

Accompagné de Ramon et Patricio, Hector met le cap sur l’îlot inhabité de Santa Clara. Il souligne l’importance de la biodiversité unique de l’océan environnant : « Dans les eaux de l’archipel, plus de 90 % des espèces sont endémiques. » La communauté insulaire, unie dans sa volonté de préserver ce patrimoine, a réussi à établir une aire marine protégée, qu’elle souhaite désormais étendre. Toutefois, ce projet est actuellement suspendu par le nouveau gouvernement d’extrême droite chilien, investi en mars.

« Aujourd’hui, nous partons au large pour pêcher principalement des Bacalao, des Vidriola et des Breca. En fin de journée, nous irons remonter les casiers en bois que nous fabriquons pour piéger les poulpes et les langoustes. »

La langouste, produit phare de l’archipel, est soumise à des régulations strictes que les insulaires ont mises en place depuis des décennies. Patricio précise que seuls les spécimens mesurant au moins 11,5 cm de carapace sont conservés, tandis que ceux qui ne respectent pas la taille réglementaire ou qui sont porteurs d’œufs sont rejetés. De plus, la pêche de langoustes est interdite entre mai et octobre.

« Nous avons hérité notre conscience environnementale de nos ancêtres », explique Hector, en référence à la dernière colonie d’origine suisse installée sur l’île en 1877. « Nous avons fait évoluer les mes de régulation dont nous avons hérité et aujourd’hui, nous essayons de les appliquer à toutes nos ressources halieutiques. »

Une biodiversité marine unique au monde

Julio Chamorro, président de l’association pour la Mer de Juan Fernandez (OCF), affirme que l’archipel possède l’océan avec le plus haut taux de biomasse au monde, ce qui impose de le protéger. Enfant de pêcheur et ingénieur, il rappelle que chaque génération a œuvré pour préserver l’océan, depuis les premières régulations de la pêche à la création du parc marin en 2018, en passant par l’obtention du label de Réserve de la biosphère en 1977.

Plusieurs expéditions scientifiques récentes, comme celles menées par National Geographic et Oceana Chile, ont mis en lumière la richesse de la biodiversité marine de l’archipel. Ces travaux ont permis de constituer une base solide pour que les insulaires demandent la protection de leur océan.

Le projet d’extension freiné par le gouvernement d’extrême droite

En mars, quelques jours avant la fin du mandat du président progressiste Gabriel Boric, plusieurs décrets ont officialisé l’extension des parcs marins de la mer de Juan Fernández et des îles Nazca-Desventuradas. Cela aurait porté la superficie totale des zones marines protégées du Chili à 947 000 km², faisant du pays le troisième au monde en termes de superficie océanique protégée. Cependant, le président d’extrême droite José Antonio Kast a suspendu ces décrets peu après son investiture.

Les habitants de Robinson Crusoé ont rapidement exprimé leur mécontentement, exigeant la réintroduction des décrets. Jaritza Rivadeneira Muena, conseillère municipale, souligne qu’« jamais un décret n’avait été bloqué à cette étape ». Trois mois après la suspension, le pouvoir exécutif n’a toujours pas justifié cette décision, ce qui suscite des inquiétudes parmi les insulaires.

Jaritza Rivadeneira Muena affirme que la création du réseau d’aires marines protégées est essentielle non seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour préserver une pratique de pêche traditionnelle qui fait figure d’exemple à l’échelle mondiale. Elle rappelle que les pêcheurs de Juan Fernandez ont démontré leur engagement en faveur d’une pêche responsable lors de plusieurs instances internationales.

Cette suspension des décrets est perçue comme une minimisation des enjeux liés au changement climatique et à la perte de biodiversité. Les insulaires craignent que les politiques actuelles mettent en péril leur précieuse biodiversité marine, essentielle à leur mode de vie et à leur économie.

Source principale : Reporterre

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