Elles seront les dernières à brûler : la résistance des vieilles forêts face au chaos climatique
Les vieilles forêts, souvent ignorées, jouent un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique. Ces écosystèmes, âgés de plus de 200 ans et peu affectés par l’activité humaine, se distinguent par leur densité et leur richesse en bois mort, ce qui leur confère une résistance naturelle aux incendies. Philippe Falbet, expert pour l’Observatoire des forêts des Pyrénées centrales, souligne que « la canopée y est si dense que le rayonnement solaire ne permet pas la prolifération de ronces ni de broussailles ».
Cependant, ces forêts anciennes ne représentent qu’une fraction de la surface forestière en France : environ 0,7 % en plaine et 3 % en montagne, soit environ 50 000 hectares. La première réserve biologique intégrale, créée en 1853, a été obtenue grâce à des artistes de l’école de Barbizon, qui ont demandé la protection d’un morceau de la forêt de Fontainebleau.
La situation des vieilles forêts en France est préoccupante. Annik Schnitzler-Lenoble, professeure d’écologie forestière, note que « l’on finit par ne pas être très difficile » en matière de protection. Les forêts anciennes d’autres pays, telles que celles de Bosnie-Herzégovine ou des Carpates roumaines, offrent des exemples de gestion forestière plus avancée.
Des études montrent que les vieilles forêts souffrent moins des effets du réchauffement climatique. Guillaume Decocq, directeur d’une unité de recherche à l’Université de Picardie, observe que certaines hêtraies dans les Apennins se portent bien, contrairement à l’idée selon laquelle elles seraient condamnées à disparaître. La canopée des vieilles forêts conserve mieux l’humidité, favorisant ainsi la vie des sols et la biodiversité.
Les réserves biologiques les plus anciennes, comme celles de Fontainebleau, ont également démontré leur résilience face aux incendies. Jean-Philippe Siblet, président de l’Association des naturalistes de la vallée du Loing, affirme que ces forêts « seront les dernières à brûler », grâce à leur température inférieure et à leur humidité.
Les inventaires de biodiversité dans ces forêts révèlent une richesse impressionnante, avec plus de 10 000 espèces différentes recensées, dont plusieurs nouvelles espèces. La présence de bois mort, souvent négligée, est essentielle pour la biodiversité, représentant 30 % de la biodiversité d’une forêt.
La protection des vieilles forêts est aujourd’hui un objectif national, reconnu pour leur rôle en tant que puits de carbone. Philippe Falbet préside l’initiative Forêts préservées, qui vise à acquérir des terres pour permettre à ces forêts de suivre leur évolution naturelle.
Face à un climat incertain, la gestion des forêts doit évoluer vers une approche de libre évolution, permettant à ces écosystèmes de s’adapter aux changements environnementaux. Toutefois, la capacité d’adaptation des vieilles forêts à un réchauffement rapide reste incertaine.
Source : Reporterre

