Je devrais être fière de me salir au potager
Notre journaliste Marie Astier, résidente des Cévennes, partage ses réflexions et astuces sur le jardinage dans une chronique où elle explore la dimension politique de cette activité.
En juin, le potager est en pleine effervescence. Les températures et les UV nous laissent un moment de répit, et chaque instant libre est consacré au jardin. Les tâches s’enchaînent : plantation, désherbage, paillage, et entretien des tomates. Les soirées sont réservées à l’écossage des pois et à la préparation de conserves pour l’hiver, avec des récoltes qui commencent à s’accumuler.
Les mains de Marie sont souvent pleines de terre, de chlorophylle ou de jus de fruits. Elle se déplace dans son quartier avec un look décontracté, reflet de son engagement dans le jardinage. Cependant, un sentiment de honte l’envahit parfois lorsqu’elle croise ses nouveaux voisins urbains, se demandant quelle image elle renvoie.
Marie explique que ce sentiment de honte est double. Premièrement, le fait d’être « sale » en cultivant son propre jardin peut brouiller son statut social. Les stéréotypes associés à la saleté peuvent faire croire qu’elle est dans une situation économique précaire, alors qu’elle cultive par choix. Deuxièmement, elle souligne une pression sociétale liée au genre, qui impose aux femmes de paraître toujours présentables, même en s’adonnant à des activités manuelles.
Marie trouve du réconfort dans des initiatives collectives de femmes agricultrices, qui partagent la réalité du travail au jardin avec authenticité. Elle rappelle que jardiner, c’est aussi accepter les ronces, les bronzages de travailleuse, et les longues heures de désherbage. Elle appelle à réhabiliter le jardinage comme une activité noble et essentielle, loin des préjugés de classe et de genre.
Source : Reporterre
