« Les climatosceptiques sont de sortie » : les journalistes météo ciblés à chaque canicule

18 juin 2026 à 17h33

Durée de lecture : 4 minutes

« Ce matraquage n’est plus possible. Ils nous font chier avec le réchauffement climatique : il y a déjà eu de très grosses canicules, et on n’en faisait pas tout un fromage ! » Ce type de commentaires a été adressé à Myriam Seurat, journaliste météo et climat à France 2 et France 3, à la fin du mois de mai sur les réseaux sociaux, lors d’un épisode de chaleur précoce qualifié d’« inédit » et « exceptionnel » par Météo-France, qui a duré dix jours.

Myriam Seurat n’est pas la seule à faire face à ces attaques. Kévin Floury de BFMTV a signalé avoir reçu des « messages d’insultes et de menaces » à la suite de ses interventions à l’antenne. Sa consœur de TF1, Daniela Prepeliuc, a également dénoncé les « insultes et les fake news » relayées « en permanence » sur les réseaux sociaux.

Une minorité bruyante

Alors qu’une nouvelle vague de chaleur a débuté en France le 17 juin, Myriam Seurat s’attend à une nouvelle vague de commentaires négatifs. « Je sais que les climatosceptiques vont être de sortie, mais je suis totalement hermétique à ces attaques », déclare-t-elle, soulignant également le sexisme dont elle est victime : « J’ai reçu des messages du genre : “Vous êtes une miss météo, contentez-vous de faire la météo.” Mais aujourd’hui, avec le changement climatique, on ne peut pas se cantonner à ça ! »

Son collègue Sébastien Thomas, également journaliste à France Télévisions, partage cet avis : « Les gens n’ont plus besoin de nous pour savoir s’il fera beau demain, tout le monde peut consulter son téléphone. En revanche, notre valeur ajoutée réside dans l’explication des phénomènes en cours et la diffusion de faits scientifiques documentés. »

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« Je pense que c’est une petite partie de l’opinion qui envoie ce genre de messages et qu’on leur accorde trop d’importance. L’immense majorité de la population souhaite avancer sur ce sujet. », conclut Sébastien Thomas.

« Hold-up médiatique »

Pour le climatologue Christophe Cassou, lui-même victime d’attaques sur les réseaux sociaux, ces commentaires haineux sont une « stratégie de diversion ». « Alors que le traitement de la canicule était meilleur que d’habitude, il semble qu’à la fin de l’épisode, le débat ait été monopolisé par le climatoscepticisme et les attaques contre les journalistes et les scientifiques. »

« Ça fait perdre du temps à tout le monde. »

Il ajoute : « Cela a empêché de parler des vrais sujets, comme l’impréparation du gouvernement face aux vagues de chaleur et l’absence de stratégies d’adaptation adéquates. » Cela transfère également la responsabilité de l’inaction sur une minorité visible sur les réseaux sociaux, mais qui n’a pas accès au pouvoir.

Christophe Cassou souligne qu’il est crucial de ne pas « se tromper de cible ». « Il faut arrêter de se focaliser sur le climatoscepticisme classique : il y en aura toujours, et c’est une minorité. Ce à quoi nous assistons est plutôt du climato-obscurantisme ou du climato-bellicisme, en guerre contre les valeurs de ceux qui portent les enjeux de transformation. »

Myriam Seurat insiste sur la nécessité de continuer son travail d’information : « Ce qui me chagrine profondément, c’est que cela nous fait perdre énormément de temps. Une partie des messages provient de gens qui craignent de devoir changer leurs habitudes, mais une autre est politiquement organisée pour noyer le poisson. » Cela contribue à « invisibiliser le discours des scientifiques et à faire perdre du temps à tout le monde », alors que l’urgence climatique est déjà là.

Source : Reporterre

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