Nous voulons construire un territoire robuste face aux feux : après les incendies, le monde paysan se réorganise
Fontjoncouse (Aude), reportage
Le 5 août 2025, un incendie a ravagé près de 17 000 hectares dans l’Aude, laissant des traces visibles sur le paysage et dans la vie des agriculteurs. Emmanuelle Bernier, éleveuse sur les hauteurs de Fontjoncouse, a perdu une partie de son cheptel, son matériel agricole et son chalet. Un an plus tard, elle se reconstruit lentement, mais avec optimisme. « Si ce drame a au moins permis quelque chose, c’est de renforcer les liens sur le territoire et d’amorcer de réelles réflexions pour l’avenir des Corbières », déclare-t-elle, tout en appliquant du crépi sur sa nouvelle maison.
Dès les premiers jours après l’incendie, un élan de solidarité s’est manifesté dans la région. Des centaines de bénévoles se sont mobilisés pour fournir du foin, de l’eau et un soutien psychologique aux sinistrés, notamment à partir du tiers-lieu paysan Beauregard à Bizanet. Emmanuelle Bernier souligne l’importance de cette aide : « C’est cet élan de solidarité qui m’a permis de continuer à me battre. »
Cependant, tous les agriculteurs ne connaissent pas le même sort. Hervé Leferrer, vigneron à Ribaute, annonce qu’il doit abandonner son exploitation, ayant perdu environ 65 % de ses 12 hectares de vignoble. « L’assurance nous a octroyé 70 000 euros pour nos pertes, mais il nous faudrait trois fois plus pour replanter », explique-t-il. De plus, il n’a pas été éligible au fonds de 8 millions d’euros mis en place par l’État.
Malgré ces défis, la réflexion sur l’avenir du territoire s’intensifie. Emmanuelle Bernier a modifié ses pratiques agricoles, se concentrant sur l’élevage et signant un contrat de pâturage avec une viticultrice voisine. « Cette rotation des parcelles permet d’avoir un pâturage équilibré tout en entretenant le territoire face aux risques d’incendie », précise-t-elle.
Les jeunes bénévoles, venus de plusieurs régions de France, participent également à la reconstruction des terrasses de culture, renforçant ainsi les liens communautaires. « Ce n’est pas uniquement la foi qui nous anime, mais surtout l’envie de faire quelque chose d’utile », témoigne Geneviève, une jeune catholique de Paris.
Alors que des réflexions sur l’avenir des Corbières émergent, Hervé Leferrer met en garde contre le développement de mégaprojets photovoltaïques sur le territoire. « Nous voulons construire un territoire résilient face aux feux, pas accepter que notre agriculture, nos paysages et notre patrimoine soient remplacés par des projets industriels », conclut-il.
Cette dynamique de solidarité et de réflexion sur les pratiques agricoles pourrait être cruciale pour l’avenir de la région, face à des incendies de plus en plus fréquents.
Source : Reporterre


