Irresponsable et cynique : le Canada brûle, son Premier ministre mise sur le pétrole
Montréal (Canada), correspondance
En Colombie-Britannique, le feu de Bald Range a déjà ravagé plus de 150 km², soit trois fois la superficie de Lyon, et a causé la mort d’une octogénaire tentant de fuir son domicile. Depuis le 8 août, la province de l’ouest du Canada est en état d’urgence face à des brasiers qui se multiplient, tandis que l’armée canadienne se tient prête à intervenir. Les pompiers sont débordés par ces mégafeux, qui devraient continuer de croître dans les jours à venir.
Les forêts canadiennes, riches en conifères, sont particulièrement vulnérables aux incendies, fournissant d’abondantes réserves de combustible. Comme chaque été désormais, le Canada est témoin de ce feuilleton tragique, illustré par des images frappantes, comme celle de jeunes fuyant en bateau les colonnes de feu qui embrasent les terres de la Première Nation de Collins, en Ontario.
Un Premier ministre en vacances
Pendant ce temps, le Premier ministre Mark Carney est en Italie pour une semaine de vacances. Bien qu’un chef de gouvernement ait droit au repos, l’image est difficile à ignorer : alors que des dizaines de milliers de Canadiens fuient les flammes, le dirigeant du Parti libéral a pris l’avion au-dessus des nuages de fumée. Ce contraste est d’autant plus frappant que, depuis son arrivée au pouvoir en mars 2025, son gouvernement a entrepris de réduire les politiques climatiques mises en place ces dernières années.
Carney, ancien envoyé spécial pour le financement de l’action climatique auprès de l’ONU, a supprimé la taxe carbone, abrogé l’obligation pour les constructeurs automobiles de produire 100 % de voitures électriques d’ici 2035, et signé un accord avec la province de l’Alberta pour un nouvel oléoduc destiné à exporter davantage de pétrole canadien.
« Une manière de gouverner profondément irresponsable et cynique »
Ces décisions ont suscité des critiques sévères de la part des experts environnementaux, notamment de l’Institut climatique du Canada, qui estime qu’Ottawa n’a plus de feuille de route crédible pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le gouvernement fait également face à des poursuites de la part d’associations, qui affirment qu’il enfreint la loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité.
Julia Levin, de l’ONG Environmental Defence Canada, a qualifié la gestion de Carney d’« irresponsable et cynique ». D’autres associations dénoncent la proximité croissante du gouvernement avec l’industrie pétrolière, quatrième producteur mondial de brut. Entre mai 2025 et avril 2026, le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a rencontré des représentants du lobby des énergies fossiles à 83 reprises, soit plus de quatre fois le nombre de rencontres accordées par sa prédécesseure.
Par ailleurs, des réunions avec des experts du climat ont été annulées à la dernière minute, et deux membres d’un comité fédéral sur la neutralité carbone ont démissionné, jugeant leur travail négligé.
Une politique climatique « trop coûteuse pour les Canadiens »
Mark Carney ne renie pas cette inflexion. Dans une vidéo publiée le 30 juin, il a reconnu que ses décisions entraîneraient une augmentation des émissions dans les prochaines années par rapport aux prévisions du gouvernement précédent.
Pour Carney, les politiques climatiques de l’ère Trudeau étaient « sources de divisions » et « trop coûteuses pour les Canadiens ». Il justifie ses choix en invoquant des préoccupations de sécurité énergétique, notamment face aux perturbations du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz.
Au nom d’un pragmatisme à court terme, le Canada repousse la transition énergétique et mise sur les hydrocarbures pour faire face aux crises actuelles. Ainsi, alors que les feux ravagent chaque été des pans entiers du territoire, le choix de Mark Carney est clair : le climat passe après l’or noir, au risque d’obscurcir l’avenir.
Source : Reporterre



