Le Bioparc distingué au niveau mondial : un zoo peut-il vraiment être « éthique » ?
Le Bioparc de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) est le seul parc français à figurer parmi les six zoos les plus éthiques au monde, selon un classement récemment publié par National Geographic. Ce zoo se classe en seconde position, juste derrière celui de Leipzig, pour ses efforts en matière de « bien-être des animaux » et son soutien à divers projets de conservation animale à l’échelle mondiale.
Historiquement, les zoos du XIXe siècle étaient souvent perçus comme des lieux sombres. Cependant, depuis l’adoption d’une directive européenne en 1999, qui leur confère la mission de participer à la conservation des espèces et à l’éducation du public, beaucoup d’entre eux ont opéré une transformation significative. Cela soulève la question : ces changements suffisent-ils à faire des zoos des lieux éthiques ?
Depuis trois décennies, les zoos accrédités par la Waza (Association mondiale des zoos et aquariums) mettent l’accent sur la sensibilisation du public aux menaces pesant sur la faune sauvage. Ces établissements, qui combinent divertissement et éducation, permettent aux visiteurs d’approcher des animaux considérés comme « exotiques ».
Néanmoins, certaines associations de défense du bien-être animal critiquent la promotion d’un nombre restreint d’espèces, souvent des mammifères emblématiques comme les pandas, lions ou tigres, au détriment d’autres groupes tels que les amphibiens ou les invertébrés. Les naissances de ces espèces vedettes sont parfois perçues comme des opérations marketing.
Face à ces critiques, les zoos défendent leurs initiatives en faveur de la conservation de la biodiversité. En tant que « conservatoires génétiques », certains parcs réussissent à reproduire des espèces menacées, inscrites sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Les animaux en captivité doivent se reproduire entre eux, car la saisie d’individus sauvages est interdite depuis 1973. Cela pose un défi : réduire le taux de consanguinité. Un réseau mondial entre zoos permet des échanges de reproducteurs pour préserver la diversité génétique.
Les partisans des parcs animaliers soutiennent que ces « populations de réserve » sont cruciales, surtout à une époque marquée par le braconnage. Cependant, d’autres plaident pour une action prioritaire contre la destruction des habitats naturels. Les opposants à la captivité soulignent également le risque d’appauvrissement du patrimoine génétique et un biais dans la sélection naturelle.
Des exemples de réintroductions réussies existent, comme le cheval de Przewalski en Mongolie ou le tamarin-lion doré au Brésil. Toutefois, le succès de ces réintroductions dépend de l’acclimatation des animaux à la vie sauvage. Par exemple, National Geographic a rapporté en 2021 que seuls neuf pandas sur douze élevés en captivité et relâchés en Chine ont survécu.
Les zoos sont également des centres de recherche. Entre 1998 et 2018, plus de 3 345 publications scientifiques ont impliqué des zoos européens. Cependant, des études montrent que les animaux captifs ne se comportent pas toujours comme leurs congénères en liberté, ce qui peut affecter les résultats de recherche.
De nombreux établissements, y compris ceux de l’association européenne des zoos et aquariums, mettent en avant le bien-être animal. Des protocoles basés sur la physiologie et le comportement des animaux sont en cours de développement. Le renforcement positif, qui consiste à récompenser les comportements souhaités, est de plus en plus utilisé pour administrer des soins sans anesthésie.
Enfin, certains zoos choisissent de présenter un nombre limité d’espèces, celles qui s’adaptent le mieux à la captivité. Les enclos s’agrandissent, mais restent souvent insuffisants par rapport aux besoins naturels des animaux, comme le loup, qui peut parcourir jusqu’à 80 km² par jour.
Ces évolutions suffisent-elles à effacer l’image de l’animal-objet derrière une vitrine ? Pour Marc Bekoff, professeur émérite d’écologie et de biologie évolutive à l’université du Colorado, la réponse est claire : « Peu importe les efforts qu’ils déploient, (les zoos) ne pourront jamais leur offrir ce qui est naturel pour leur espèce. »
Source : National Geographic