Serge Zaka : « C’est l’année dont l’agriculture pourrait ne pas se remettre »

C’est l’année dont l’agriculture pourrait ne pas se remettre

Maïs, fourrage, élevage, fruits et légumes… Peu de productions agricoles et de régions échappent aux pertes. Sur leurs exploitations, les agriculteurs tentent tant bien que mal de limiter les dégâts, tandis que les canicules s’enchaînent et que la sécheresse se durcit. Serge Zaka, ingénieur agronome, docteur en biologie et spécialiste en agroclimatologie, documente ce désastre agricole en temps réel et partage ses observations régulièrement sur les réseaux sociaux.

État des lieux de l’agriculture

Selon Serge Zaka, les scientifiques n’ont pas été écoutés à la hauteur de l’alarmisme exprimé dans leurs rapports. En 2022, l’agriculture française était déjà en difficulté. En 2026, la situation a empiré, avec des pertes de rendements allant de 30 à 40 % pour le maïs, et jusqu’à 60 % dans certaines régions du Centre et du Sud-Ouest. Le soja et le tournesol subissent également des pertes massives.

Les prairies sont dans un état critique, ce qui pose des problèmes pour la nutrition animale et risque de mener à une décapitalisation des cheptels. Ces pertes sont aggravées par des prévisions de nouvelles canicules.

Des parcelles dans le centre-ouest de la France ne seront même pas récoltées, certaines cultures étant mortes avant même le début de l’été. Pour certains maraîchers, les pertes atteignent 100 % pour des cultures qui n’ont pas levé.

Conséquences économiques

Il est difficile de se relever d’une année pareille, surtout dans un contexte où l’agriculture est déjà en difficulté. Sans solidarité nationale, la moitié des agriculteurs français pourrait disparaître, confrontés à un stress économique maximal. De nombreux agriculteurs se sentent abandonnés, et des défaillances agricoles sont à prévoir, notamment pour les petites exploitations.

Perspectives pour les consommateurs

Les conséquences sur les produits frais se font déjà sentir, avec des hausses de prix pour des denrées comme les melons et les salades. Concernant la viande, une surproduction pourrait déstabiliser les prix, car certains animaux pourraient être envoyés à l’abattoir prématurément en raison d’un manque de fourrage.

La canicule a également entraîné une mortalité exceptionnelle dans les élevages de volailles et de porcs, avec une baisse attendue des volumes de lait et de fromage.

Adaptation nécessaire

Pour faire face à ces défis, il est crucial de repenser le modèle agricole. Serge Zaka propose trois axes prioritaires :

  1. Évolutions biogéographiques : Adapter la répartition des cultures au climat futur.
  2. Gestion de l’eau : Améliorer l’irrigation et la conservation de l’eau.
  3. Biodiversité des sols : Promouvoir des pratiques agricoles qui favorisent des sols vivants et résilients.

Ces adaptations nécessitent des financements et un accompagnement des agriculteurs pour réussir la transition vers un modèle durable.

Les défis posés par le réchauffement climatique exigent une réponse collective et immédiate pour préserver la souveraineté alimentaire et éviter une dépendance accrue vis-à-vis des importations.

Source : Reporterre

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