« Le pétrole n’enrichira que des actionnaires » : accusée de colonialisme, la gauche maintient son opposition aux hydrocarbures dans les outre-mer
11 juin 2026 à 07h00 Mis à jour le 11 juin 2026 à 16h19

Durée de lecture : 4 minutes

Cayenne (Guyane), correspondance

La proposition de loi visant à relancer l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer a été largement critiquée par les parlementaires guyanais. Après son examen en commission parlementaire le 3 juin, ces derniers ont exprimé leur colère face à ce qu’ils considèrent comme l’hypocrisie d’une « gauche bien-pensante » qui refuse de soutenir leurs aspirations. Le texte, inscrit à l’ordre du jour du 11 juin, vise à déroger à la loi Hulot de 2017, perçue comme un « verrou colonial ».

Les députés de la gauche démocrate et républicaine (GDR), qui regroupent communistes et ultramarins, ont été rejoints dans leur opposition par les macronistes. Tous invoquent la nécessité de respecter les engagements écologiques de la France à l’international.

Jean-Victor Castor, rapporteur du texte et indépendantiste guyanais, a dénoncé les « écolonialistes inconscients » qui, selon lui, ignorent les besoins de développement de la Guyane.

Un retard structurel

La Guyane, où plus de 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, fait partie des territoires les plus défavorisés de France en matière d’éducation, de logements, de santé et de transports. Dans ce contexte, les préoccupations environnementales semblent reléguées au second plan, tandis que l’espoir de retombées économiques liées aux hydrocarbures, bien que flou, demeure présent.

La région est déjà confrontée à l’exploitation de ses ressources naturelles par des acteurs étrangers, sans bénéficier des retombées des crédits carbone générés par sa vaste forêt tropicale. De plus, les normes européennes souvent inadaptées à la réalité locale compliquent davantage la situation. Cette proposition de loi est perçue par certains comme une opportunité de reprendre en main leur avenir économique.

« Le pétrole n’enrichira que des actionnaires des multinationales »

Cette dynamique politique, souvent sous-estimée par la gauche française, unit une partie de la population guyanaise dans sa quête d’autonomie vis-à-vis de Paris. Néanmoins, le sujet des hydrocarbures divise, tant en Guyane qu’au Guyana voisin, souvent présenté comme un modèle de réussite pétrolière.

Des voix écologistes, notamment celles d’anciens élus et d’associations locales, s’élèvent contre l’idée que l’exploitation pétrolière soit une solution viable. Michel Dubouillé, ancien élu et membre du collectif Stop Offshore Guyane, affirme que « le pétrole est un mirage qui fait rêver les pauvres » et souligne la nécessité d’un plan de développement durable axé sur l’agriculture et la souveraineté alimentaire.

Raphaëlle Rinaldo, directrice de la Sepanguy, partage cette inquiétude, appelant à privilégier des projets liés à la biodiversité plutôt qu’à l’extraction pétrolière.

Ce débat a permis de mettre en lumière le retard structurel de la Guyane et son besoin d’autonomie, tout en offrant un espace de manœuvre politique à des partis comme la droite ou le Rassemblement national, qui pourraient tirer parti de la situation pour promouvoir un « libre choix des territoires ».

Source : Reporterre

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