La France et le Colonialisme Chimique : Une Manifestation à Paris
Le 20 juin, des collectifs se rassembleront place de la Bastille à Paris pour dénoncer le colonialisme chimique, réunissant les luttes pour la reconnaissance des victimes du chlordécone aux Antilles et celles de l’agent orange au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Cette convergence met en lumière des histoires d’empoisonnement et d’inégalité.
Ce rassemblement coïncide avec des avancées judiciaires significatives : l’audience en cassation de Tran To Nga, le 16 juin, et la décision en appel concernant le chlordécone, attendue le 22 juin.
Dans ce contexte, la géographe brésilienne Larissa Mies Bombardi, qui a introduit le terme de colonialisme chimique dans son livre Pesticides – Un colonialisme chimique (Anacaona, 2024), souligne l’asymétrie entre le Nord et le Sud. Les pays de l’Union européenne, principaux producteurs et exportateurs de pesticides, appliquent des législations strictes tout en continuant d’exporter ces produits vers des pays du Sud, notamment l’Amérique latine.
La France, bien qu’elle ait interdit l’exportation de pesticides prohibés sur son territoire depuis 2022, laisse une faille dans la loi : seules les formulations finales sont concernées, permettant l’exportation des substances actives. Ainsi, le Brésil demeure le premier importateur de néonicotinoïdes français.
Cette inégalité ne se limite pas aux substances interdites. Au Brésil et au Paraguay, la limite de résidus de glyphosate autorisée dans l’eau potable est 5 000 fois supérieure à celle de l’Union européenne, malgré les avertissements de l’Organisation mondiale de la santé sur ses risques cancérigènes. De plus, la limite pour le malathion dans les haricots blancs, aliment de base, est 400 fois plus élevée qu’en Europe.
La manifestation du 20 juin représente une étape importante pour la reconnaissance des luttes partagées contre un système économique mondialisé, qui perpétue l’inégalité d’exposition aux substances toxiques. Cette convergence est perçue comme essentielle pour comprendre les racines communes de ces luttes.
La question de la réglementation internationale sur les pesticides est également soulevée. Actuellement, aucun standard scientifique ne régit les seuils de résidus, chaque pays fixant ses propres limites. Les conventions internationales existantes ne semblent pas suffire pour interdire les substances dangereuses.
La situation actuelle soulève des préoccupations quant à la responsabilité des entreprises et des États dans la production et la vente de substances toxiques. La justice pour les victimes de l’agent orange et du chlordécone doit passer par une réglementation commune et des réparations adéquates.
La France, en tant qu’État, est interpellée sur sa responsabilité historique dans cette question, notamment vis-à-vis des territoires d’outre-mer.
Source : Reporterre
