« Sur le coût du nucléaire et des renouvelables, la France applique un deux poids deux mes »

Sur le coût du nucléaire et des renouvelables, la France applique un deux poids deux mes

Des associations opposées aux énergies renouvelables, soutenues par des partis de droite et d’extrême droite, multiplient les recours contre la feuille de route énergétique de la France, validée en début d’année. Elles exigent une transparence totale sur chaque euro investi dans l’éolien et le solaire. En revanche, ces mêmes groupes ne demandent pas de telles clarifications concernant les six nouveaux réacteurs EPR2, dont la décision d’investissement est attendue pour décembre 2026 et qui mobiliseront au moins trois fois plus de fonds publics.

Succession de recours contre la programmation énergétique

Depuis sa validation en février 2023, le décret relatif à la feuille de route énergétique de la France, qui s’étend jusqu’en 2035, a été contesté par au moins six recours en annulation devant le Conseil d’État, portés par diverses fédérations anti-éoliennes, des associations de contribuables et des groupes pro-nucléaires. Ces actions incluent également des demandes visant à suspendre les projets éoliens et solaires, ainsi qu’une plainte déposée auprès de la Commission européenne.

Une guérilla juridique

Le dernier épisode de cette contestation a été initié par la Fédération environnement durable, qui a saisi le Conseil d’État et la Cour des comptes concernant les 63 milliards d’euros d’aide autorisés par la Commission européenne pour l’appel d’offres éolien en mer lancé par le gouvernement. Ce montant représente un plafond réglementaire, sans correspondance budgétaire réelle, calculé dans l’hypothèse la plus défavorable. Le gouvernement estime le coût de cet appel d’offres entre 5 et 10 milliards d’euros sur 25 ans, une évaluation qui pourrait être mieux documentée.

Montant de financement inconnu pour le nucléaire

En revanche, la feuille de route énergétique présente un chiffrage détaillé pour les énergies renouvelables jusqu’en 2060, mais ne consacre que quelques lignes au financement des six réacteurs EPR2, sans évaluation de l’aide publique, se basant sur un devis d’EDF de 2021 qui est désormais obsolète. Le rapport sur les plafonds de dépenses du budget 2027, transmis au Parlement en juillet, prévoit de nouvelles lignes budgétaires pour le financement des EPR2, mais aucun montant précis n’y figure.

Une transparence des coûts nécessaire

La France réduit ses émissions de gaz à effet de serre trois fois plus lentement que ce que sa trajectoire impose. En 2025, ses importations de pétrole, de gaz et de charbon ont coûté 53 milliards d’euros, représentant le premier poste de son déficit commercial. Dans ce contexte, les discussions sur le coût des moyens de réduire les émissions et la dépendance aux énergies fossiles sont légitimes, à condition que la transparence soit appliquée à toutes les technologies.

Il est essentiel de rappeler que les attaques contre les énergies renouvelables se sont intensifiées ces dernières années, avec des propositions de moratoire sur de nouveaux projets éoliens ou photovoltaïques, soutenues par des partis politiques.

Une guerre idéologique au détriment de l’intérêt général

La polarisation du débat sur les énergies renouvelables et le nucléaire soulève des inquiétudes, car les investissements dans ces technologies devraient être traités de manière égale. Le dépôt du budget 2027, prévu pour le 30 septembre, pourrait offrir une occasion de clarifier le soutien financier accordé au nouveau nucléaire, à l’instar de ce qui a été fait pour l’éolien en mer.

Il est impératif d’exiger la même transparence pour toutes les technologies énergétiques afin de préserver l’intérêt général.

Source : La Croix

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