La guerre par les flammes : Israël brûle forêts et vergers au Sud-Liban
Beyrouth (Liban), correspondance
Nabatieh est en proie aux flammes. L’armée israélienne crée une « ceinture de feu », bombardant les collines et forêts. Depuis plusieurs semaines, bois, oliveraies et champs brûlent alors qu’Israël intensifie ses bombardements au phosphore blanc, tirant des grenades incendiaires et de l’artillerie, tuant quotidiennement des civils, malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis avril.
Hussein Fakih, directeur du centre régional de Nabatieh au sein de la Direction générale de la défense civile libanaise, déclare : « Nous luttons contre des incendies tous les jours ! 90 % d’entre eux sont causés par Israël. Cette année est vraiment difficile : les habitants et agriculteurs ont fui, et les cultures sont en friche, prenant feu extrêmement vite. »
L’armée israélienne semble vouloir conquérir la colline Ali Taher, un lieu stratégique dominant la ville. Cette escalade militaire menace encore davantage le Liban, où les pompiers doivent lutter contre les flammes tout en risquant d’être pris pour cible.
135 morts dans les services de santé en 2026
« C’est extrêmement dangereux et difficile pour nous de nous approcher des feux déclenchés dans la “zone de contact”, car l’ennemi israélien peut nous bombarder à tout moment. Nous devons nous coordonner avec l’armée libanaise et la force intérimaire de l’ONU pour y accéder, et nous payons parfois le prix fort », dénonce Fakih.
Il précise que dix casernes de la Défense civile ont été entièrement détruites par Israël cette année, faisant six pompiers tués et 23 blessés. Le gouvernement libanais dénombre au moins 400 morts parmi les services de santé — pompiers, médecins et secouristes — depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023, dont 135 en 2026.
Au lendemain de l’attaque du Hamas et le début de la guerre à Gaza, le Hezbollah et Israël ont échangé des tirs, entraînant diverses phases d’offensives et de cessez-le-feu, ayant causé plus de 8 000 morts et 20 000 blessés au Liban. Des incendies causés par l’armée israélienne ont été observés dans des zones frontalières, utilisant des fusées éclairantes, du phosphore blanc et des tirs d’artillerie, avec des attaques sur des pompiers en intervention.
Hicham Younes, président de l’association environnementale Green Southerners, affirme : « Nous avons documenté comment des soldats israéliens ont mis le feu de manière délibérée au couvert végétal en utilisant de l’essence, des drones ou des fusées éclairantes. L’incendie de la végétation était donc intentionnel. »
Les autorités libanaises rapportent que plus de 16 000 hectares ont brûlé depuis octobre 2023. Cette année, les feux sont jugés « dramatiques », selon George Mitri, professeur de sciences de l’environnement à l’université de Balamand.
Destruction des écosystèmes
Mitri indique que 5 000 hectares ont déjà brûlé depuis le début de l’année, dont l’immense majorité est causée par les bombardements israéliens. Seuls 10 à 15 % des feux sont attribuables à la sécheresse. Les Israéliens utiliseraient du glyphosate pour rendre la végétation plus inflammable, et du phosphore blanc pour créer des départs de feu difficiles à éteindre.
Mitri souligne que ces attaques répétées visent à détruire le couvert végétal, particulièrement dans les zones frontalières. Le Liban, comme toute la région méditerranéenne, devient chaque année plus sensible au réchauffement climatique, rendant les cèdres, pins et chênes du maquis libanais particulièrement menacés.
Si la tendance se poursuit, le Liban pourrait connaître une dégradation des sols, une chute de la biodiversité, et l’effondrement des écosystèmes forestiers, qui perdraient leur capacité de régénération.
Source : Reporterre



