Au Liban, « c’est la vie même qui est dans la ligne de mire d’Israël »

Au Liban, « c’est la vie même qui est dans la ligne de mire d’Israël »

Alors qu’un nouvel accord de cessez-le-feu a été signé entre Israël et le Liban sous l’égide des États-Unis, le pays du Cèdre continue d’être frappé par des bombardements israéliens meurtriers. Depuis le 2 mars, ces attaques ont causé la mort de 4 319 personnes, selon le ministère de la Santé libanais. Des villages entiers sont dynamités, et l’occupation du Sud-Liban par Tsahal se poursuit, transformant cette région en zone tampon dévastée à l’avenir incertain.

Munira Khayyat, anthropologue et professeure associée à l’Université de New York à Abou Dabi, a grandi à Beyrouth durant la guerre civile libanaise. Dans son livre Un Paysage de guerre — Écologies de résistance et de survie au Sud-Liban (2022), elle explore comment les communautés de cette région tissent des liens avec la nature pour survivre aux cycles de guerre, un processus qu’elle désigne comme des « écologies de résistance ».

Un rapport du ministère de l’Environnement et du CNRS du Liban, publié fin avril, a dénoncé un « acte d’écocide » causé par l’offensive israélienne de 2023-2024. Munira Khayyat affirme que cet écocide est systématique et se poursuit actuellement. Les images satellites et les enquêtes sur le terrain révèlent qu’environ 56 264 hectares de terres agricoles et forestières ont été touchés par les bombardements israéliens, dont 18 559 dans le Sud. De plus, 60 000 oliviers ont été brûlés, 1,8 million de têtes de bétail et de volaille ont été tuées, et 29 000 ruches ont été détruites.

Des villages comme Ramya, où Khayyat a mené ses recherches, ont été complètement détruits. Le 20 octobre 2024, des soldats israéliens ont détoné des explosifs dans ce village, une vidéo montrant leur acte de destruction a circulé sur les réseaux sociaux, suscitant une profonde émotion.

Khayyat souligne que la destruction ne concerne pas uniquement les infrastructures mais aussi les écosystèmes vitaux qui soutiennent la vie dans cette zone frontalière. Elle évoque des « écologies résistantes », des collectifs d’humains et de non-humains qui luttent pour survivre dans des conditions extrêmes.

Les incendies, alimentés par des bombes au phosphore blanc, ravagent le Sud-Liban. Bien que certaines espèces végétales soient capables de se régénérer, les oliviers ne produisent plus de fruits pendant des années après avoir été brûlés. Pour faire face à cette situation, de nombreux agriculteurs se sont tournés vers des cultures moins exigeantes, comme le tabac, et vers l’élevage de chèvres.

Khayyat conclut en affirmant que ces résistances écologiques, nées dans des conditions de guerre, peuvent offrir des enseignements précieux sur la survie dans un monde en crise.

Source: Reporterre.

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