Forêts détruites, sols contaminés… Au Liban, Israël accusé « d’écocide »

Forêts détruites, sols contaminés… Au Liban, Israël accusé « d’écocide »

Le Liban a qualifié, dans un rapport conjoint du ministère de l’environnement et du Conseil national de la recherche scientifique libanais (CNRS-L), les destructions attribuées à l’armée israélienne lors de la guerre contre le Hezbollah entre 2023 et 2024 d’« acte d’écocide ».

Le document, publié le 24 avril 2024, présente une analyse sur une centaine de pages, détaillant comment l’offensive militaire a « profondément bouleversé les équilibres physiques et écologiques » dans le sud et l’est du pays. Les études scientifiques couvrent la période d’octobre 2023 jusqu’à la mi-2025, mais n’incluent pas les bombardements de la guerre en cours, débutée le 2 mars 2024.

Tamara El Zein, ministre libanaise de l’environnement et ancienne directrice du CNRS-L, a souligné l’« ampleur et le caractère intentionnel » des dommages, précisant que leurs conséquences « vont bien au-delà des dégâts immédiatement visibles ». Elle a ajouté que « l’agression » israélienne affecte non seulement l’environnement, mais aussi la santé publique, la sécurité alimentaire, l’économie et la cohésion sociale. Des accusations similaires d’écocide ont été formulées par des organisations humanitaires concernant les opérations israéliennes à Gaza.

L’empreinte durable des bombardements

Le rapport met en avant la destruction d’environ 5 000 hectares de forêts et 2 100 hectares de vergers due aux bombardements et aux incendies. L’utilisation de munitions incendiaires a provoqué des feux d’une « intensité sans précédent », dépassant largement les bilans des deux dernières décennies.

Cette destruction a non seulement affecté les habitats naturels, mais a également perturbé le climat local, entraînant une perte totale de la canopée et stérilisant les terres en éliminant des organismes essentiels au fonctionnement des écosystèmes. Les sols, désormais exposés, sont plus vulnérables à l’érosion, augmentant les risques de glissements de terrain.

Des sols et des eaux contaminés

Le rapport indique également une forte contamination des terres, notamment au phosphore. En février, l’armée libanaise a rapporté des pulvérisations massives de glyphosate par des avions militaires israéliens sur des terres agricoles du sud du Liban, avec des concentrations mesurées 20 à 30 fois supérieures aux seuils normaux pour cet herbicide, classé comme « probablement cancérogène pour l’homme ».

Les zones contaminées incluent des terres agricoles essentielles, telles que des oliveraies et des vergers, posant des risques directs pour la sécurité alimentaire et la santé humaine. Les polluants peuvent également s’infiltrer dans les sols ou être entraînés par les pluies vers les rivières et réservoirs.

Les frappes israéliennes ont provoqué d’importants épisodes de pollution atmosphérique, avec la libération de particules fines et de gaz toxiques, augmentant les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires dans les populations locales.

Interrogé par The Guardian, un porte-parole de l’armée israélienne a affirmé que les soldats « sont conscients des impacts environnementaux potentiels de leurs opérations dans la région » et qu’ils agissent pour « protéger les citoyens israéliens et les civils libanais, tout en assurant la sécurité des zones environnantes ».

Source : La Croix

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