Incendies : quel est ce produit rouge largué sur les forêts ?

Incendies : quel est ce produit rouge largué sur les forêts ?

Un puissant jet rouge vif jaillissant d’un camion-citerne, un autre se déversant depuis le ventre d’un avion Dash. Pour maîtriser l’incendie en forêt de Fontainebleau, au sud-est de Paris, les pompiers ont épandu des litres de « retardant ». Cette substance colorée freine la progression du feu et protège la végétation en la rendant moins inflammable.

Sa couleur rouge provient généralement de l’oxyde de fer, un pigment d’origine naturelle, permettant aux pompiers de savoir quelle zone a déjà été aspergée. Selon une vidéo du journal Le Parisien, le produit est décrit comme « produit chimique non dangereux ». Cependant, cette mixture rougeoyante soulève des questions quant à son impact environnemental.

En France, les pompiers utilisent du Fire-Trol-931, un retardant similaire au Phos-Chek, largement utilisé aux États-Unis. Produit par l’entreprise américaine Perimeter Solutions, ce retardant est au centre de recherches menées par des scientifiques comme Lola Zavattoni, doctorante sur les retardants à faible impact environnemental.

Pas d’effet négatif sur la végétation

Le Fire-Trol est formulé à base de phosphate d’ammonium, une substance couramment utilisée dans les engrais agricoles. Jean-Valère Lorenzetti, post-doctorant impliqué dans les recherches, souligne que, en cas de ruissellement ou de largage accidentel près d’une zone humide, sa présence dans les cours d’eau peut provoquer un effet eutrophisant. Cela signifie un enrichissement excessif de l’eau par des nutriments, favorisant la prolifération des microalgues au détriment des poissons et des écosystèmes aquatiques, comme l’indique une étude américaine de 2023.

Bien que le produit puisse temporairement polluer l’eau, il n’aurait pas d’effet négatif à long terme sur la végétation. Selon Lorenzetti, le retardant peut gêner la pousse des plantes en bloquant la photosynthèse, mais il agit aussi comme fertilisant, entraînant souvent une croissance rapide dans les années qui suivent.

Cependant, des études américaines soulèvent des inquiétudes concernant la présence de métaux lourds tels que le cadmium, le chrome, l’arsenic ou l’antimoine dans ces retardants. Une étude publiée en 2024 révèle que certains retardants, y compris le Phos-Chek, contiennent des niveaux de métaux lourds 4 à 2 880 fois supérieurs aux limites réglementaires pour l’eau potable.

Un produit très encadré en France

La présence de ces métaux lourds pourrait être due aux minerais d’où provient le phosphate d’ammonium. Maude Jimenez, enseignante-chercheuse en chimie à l’université de Lille, indique que ces minerais sont souvent riches en métaux. Toutefois, elle n’a pas entendu parler de problèmes de métaux lourds dans le Fire-Trol utilisé en France, qui a été testé et validé par le Ceren, un centre de recherche.

Les scientifiques s’accordent à dire que les émissions issues de la combustion des incendies sont bien plus dangereuses pour l’environnement que la pollution liée aux retardants. Malgré cela, des efforts sont en cours pour développer des alternatives plus écologiques et locales au Fire-Trol. Dans le cadre du projet PREFIBIO, des chercheurs travaillent sur des solutions basées sur des plantes et des protéines végétales, utilisant des déchets ou des produits secondaires de l’industrie agroalimentaire.

Source : Reporterre

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