« Un paradis perdu » : en Andalousie les incendies passent, les traumatismes restent

Un paradis perdu : en Andalousie, les incendies passent, les traumatismes restent

Bedar et Serena (Andalousie), reportage

À Bedar, petit village touristique d’Andalousie, l’ambiance semble encore estivale une semaine après les incendies meurtriers. Les terrasses sont animées, mais un flanc de montagne noirci rappelle la tragédie survenue du 9 au 13 juillet, lorsque treize personnes ont perdu la vie et que 7 000 hectares de forêt ont été ravagés. Malgré l’extinction des flammes, la communauté demeure profondément marquée.

Cette année, le risque d’incendie est particulièrement élevé. Le premier semestre a enregistré un nombre record de grands feux, dépassant même les chiffres de 2022. Les conditions climatiques, avec un hiver pluvieux suivi de vagues de chaleur précoces, ont favorisé la croissance d’une végétation dense et inflammable. Alors que plusieurs incendies continuent de faire la Une des médias, celui de Bedar se distingue par son ampleur humaine et son impact sur la communauté.

« C’était un enfer »

Bien que le bourg principal n’ait pas été gravement touché, plusieurs hameaux isolés dans les montagnes ont subi de plein fouet l’incendie. Les témoignages de résidents évoquent des scènes de panique et de désespoir. Un témoin raconte : « C’était un enfer. »

La méfiance envers la presse est palpable. Antonio Gonzalez, gérant d’un pub local, déclare : « Contrairement à ce que [les médias] disent, nous avons tous été solidaires. » Il évoque un homme blessé dont l’évacuation a été compliquée par l’absence d’ambulances. Les riverains ont dû prendre des risques pour sauver des vies, une situation difficile à accepter face à la couverture médiatique.

Des experts soulignent également l’impact psychologique des catastrophes sur les communautés. Jesús Miranda Paez, psychologue à l’université de Málaga, affirme que « quand les caméras s’en vont, commence un traumatisme psychologique pour ceux qui se sentent en insécurité. »

« Tout le monde se connaît »

La majorité des victimes de l’incendie étaient des étrangers : sept Britanniques, trois Belges, une Française et une Américaine. Javier, un habitant, note que « tout le monde se connaît » dans cette région. Les cercles de soutien se forment autour des familles touchées, mais la douleur collective est ressentie par toute la communauté.

Dans ce contexte, l’aménagement du territoire et la prévention des incendies sont Les experts appellent à une réévaluation des pratiques de construction dans des zones à risque.

Un paradis perdu

Juan, un résident de Serena, décrit un paysage autrefois idyllique, désormais ravagé. Il évoque la ferme de ses grands-parents et une rivière qui ne coule plus. « Nous avons perdu le paysage », dit-il, conscient que la nature mettra des années à se régénérer.

La réduction des activités agricoles et l’exode rural exacerbent les risques d’incendie. Les terres abandonnées deviennent des foyers potentiels pour les feux. « Mes vergers, c’est un hobby », explique Juan, soulignant le coût élevé de l’entretien par rapport aux rendements.

Alors que la saison des incendies s’allonge, la communauté de Bedar se retrouve à un carrefour. La beauté du paysage andalou est désormais entachée par les cicatrices laissées par les flammes, et la nécessité d’un changement dans la gestion des risques est plus pressante que jamais.

Source : Reporterre

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