« Ils sortent des toilettes, des éviers » : Ibiza débordée par la prolifération des serpents

Ibiza débordée par la prolifération des serpents

Ibiza (Baléares, Espagne), reportage

À quelques kilomètres de la promenade de Sant Antoni de Portmany, sur la côte ouest d’Ibiza, une situation préoccupante se développe. Dean Gallagher, un résident local, a installé plusieurs pièges dans des propriétés pour capturer des serpents. « Je reçois des appels tous les jours. Les serpents entrent dans les maisons, sortent parfois des toilettes ou des éviers. La situation est devenue incontrôlable », explique-t-il. Surnommé le « chasseur de serpents » par les habitants, il consacre ses soirées à cette tâche.

Ces reptiles, bien que non venimeux et pouvant atteindre plus de 2 mètres de long, représentent une menace pour le lézard des Pityuses (Podarcis pityusensis), une espèce endémique d’Ibiza désormais menacée d’extinction. Alicia Page, chercheuse au Centre de recherche écologique et d’applications forestières (Creaf), souligne que ces lézards ont évolué sans prédateur, devenant des proies faciles.

Jusqu’au début des années 2000, Ibiza était l’une des rares îles de la Méditerranée exemptes de serpents. Actuellement, la prolifération massive des couleuvres fer-à-cheval (Hemorrhois hippocrepis) est alarmante, avec 90 % du territoire désormais occupé par ces reptiles. Plus de 12 000 serpents ont été éliminés depuis 2016, mais la situation reste critique. Inma Saranova, directrice de l’association Ibiza & Formentera Preservation, affirme : « C’est une invasion. La situation est très alarmante. »

L’importation d’arbres, comme des oliviers centenaires, depuis la péninsule ibérique, est identifiée comme une cause majeure de cette prolifération. Ces arbres, souvent utilisés pour embellir des propriétés de luxe, contenaient des œufs de serpents. En réponse, des ONG ont installé des pièges sur l’île, mais il en faudrait entre 15 000 et 25 000 pour inverser la tendance, alors qu’il n’y en a actuellement qu’environ 1 500.

Le lézard des Pityuses, qui joue un rôle vital dans l’écosystème local, pourrait disparaître dans les quatre prochaines années, entraînant des conséquences néfastes pour la biodiversité de l’île. Des efforts sont en cours pour préserver cette espèce, y compris la création de refuges et des transferts de lézards vers des zoos.

La situation à Ibiza illustre les défis de la gestion de la biodiversité face aux changements environnementaux et aux activités humaines.

Source : Reporterre.

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