Flupyradifurone : un pesticide controversé réintroduit par la loi agricole
Le flupyradifurone, un insecticide puissant, pourrait être réintroduit en France après avoir été interdit depuis 2019. Cette réintroduction est envisagée dans le cadre de la loi d’urgence agricole votée par l’Assemblée nationale le 21 juillet 2026. Si cette décision est saluée par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, elle suscite des inquiétudes au sein du gouvernement, notamment de la part de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui s’oppose à cette législation.
Le projet de loi doit encore obtenir un vote conforme du Sénat, prévu en fin de journée, avant d’être définitivement adopté. Les deux substances concernées, flupyradifurone et acétamipride, pourraient être réintroduites pour certaines filières agricoles en difficulté. L’utilisation de l’acétamipride serait limitée aux exploitations de noisettes, tandis que le flupyradifurone pourrait bénéficier d’une dérogation pour les cultures de betteraves, pommes et cerises, sous l’autorité de l’Anses.
Commercialisé sous le nom de Sivanto par Bayer depuis 2015, le flupyradifurone, bien qu’il ne fasse pas partie de la classe des néonicotinoïdes, partage certaines caractéristiques avec ces derniers. Cet insecticide systémique pénètre à l’intérieur des plantes et agit en perturbant la neurotransmission, paralysant ainsi les insectes. Il est conçu pour éliminer des ravageurs comme les pucerons et les mouches blanches, mais son efficacité soulève des préoccupations concernant son impact sur les pollinisateurs, en particulier les abeilles.
Des études scientifiques, bien que moins nombreuses que celles concernant l’acétamipride, indiquent que le flupyradifurone peut être dangereux pour les abeilles. En 2019, son utilisation a été interdite en France en raison de ses similitudes avec les néonicotinoïdes, déjà prohibés depuis 2018. Une étude de 2024 a révélé que l’application du flupyradifurone selon les recommandations pouvait entraîner une mortalité de 100 % chez les abeilles solitaires en trois jours.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a, dans un rapport de 2016, signalé que cet insecticide présentait un risque « faible » pour les organismes vivants dans le sol et l’eau, mais un « risque élevé » de dépasser les seuils de qualité de l’eau potable. Malgré ce risque, son utilisation reste approuvée au niveau européen jusqu’en juin 2029, sous réserve des autorisations nationales.
Face à la situation économique difficile des filières agricoles, certains acteurs, comme la FNSEA, estiment que la réautorisation du flupyradifurone est indispensable pour la compétitivité. D’autres, comme la Confédération paysanne, critiquent cette décision comme un retour en arrière dans les efforts de durabilité du secteur agricole.
Source : La Croix
