Escroqueries ciblant les maraîchers : analyse des méthodes utilisées par les fraudeurs.

Pourquoi les escrocs de la transition énergétique ciblent les maraîchers

Pourquoi les escrocs de la transition énergétique ciblent les maraîchers

Tout commence par une série d’appels téléphoniques reçus par des maraîchers. Au bout du fil, des sociétés aux noms évocateurs, tels que « Energy ceci » ou « Green cela », ainsi que des appellations trompeuses comme le « Bureau des aides agricoles », ou usurpant des marques reconnues comme EDF et l’Ademe, l’Agence française de la transition écologique.

Les commerciaux se montrent pressants et proposent divers équipements pour le maraîchage, tels que des déshumidificateurs, des systèmes de ventilation double flux et des dispositifs de retenue d’eau, souvent au prix attractif de 0 euro, grâce aux subventions des Certificats d’économies d’énergie (CEE), financées par des distributeurs d’énergie tels que TotalEnergies et Engie.

Ces équipements sont théoriquement destinés aux serres chauffées, permettant aux maraîchers de réduire leur consommation de gaz. Cependant, des témoignages recueillis indiquent que certains escrocs installent ces machines dans des serres non chauffées, où elles sont inutiles, profitant d’un flou juridique. L’administration semble avoir perdu le contrôle de ce programme.

Des centaines de déshumidificateurs inutiles

Les fraudes se sont intensifiées à partir d’avril 2025, lorsque les primes liées aux déshumidificateurs ont été augmentées, rendant l’opération presque deux fois plus lucrative. Parallèlement, le gouvernement a suspendu le programme MaPrimeRenov’ en raison de fraudes récurrentes, incitant des acteurs du secteur de la rénovation à se tourner vers le maraîchage.

Les installateurs rivalisent d’ingéniosité pour convaincre les maraîchers de signer des contrats, allant jusqu’à offrir des bâches neuves ou des voyages. Un maraîcher a rapporté avoir reçu une centaine d’appels, décrivant la situation comme du harcèlement.

Un exploitant agricole a accepté une offre, bien qu’il n’ait pas besoin de déshumidificateurs, et a ainsi bénéficié d’une installation d’une valeur de plus de 260 000 euros, entièrement prise en charge, tout en recevant 12 000 euros pour des frais d’installation fictifs. Les équipements installés se retrouvent souvent inutilisés.

Un système complexe et lucratif

Selon des informations, plusieurs exploitants ont récupéré des sommes de TVA non versées sur ces achats, ajoutant ainsi des dizaines de milliers d’euros à leurs profits. Grâce aux CEE, les installateurs peuvent prétendre à des primes allant de 45 000 à 60 000 euros par hectare de serre équipée, alors que le coût des équipements varie de 12 400 à 30 000 euros par hectare.

Cela signifie qu’une arnaque peut générer entre 12 000 et 48 000 euros de bénéfice par hectare, selon l’habileté des escrocs. En un an, entre 100 et 130 millions d’euros ont été dépensés pour ces installations, malgré les doutes sur la légitimité de nombreuses opérations.

Conclusion

Le ministère de la Transition écologique a récemment publié un décret pour mettre un terme aux opérations de certificats dédiées aux agriculteurs, mais les dérives semblent persister au-delà des déshumidificateurs pour serres. La fraude est également répandue dans d’autres secteurs liés à la transition énergétique, rendant la situation préoccupante.

Source : Reporterre

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